Traduction de l’article du magazine BARBARA (mai 2017)

TRADUCTION FRANÇAISE de l’article du magazine BARBARA (mai 2017)

https://www.barbara.de/montag/barbara-trifft-conchita-mann-frau-wurst/

Barbara rencontre Conchita – Homme? Femme? Wurst (= on s’en moque)!

C’était beaucoup plus qu’une simple excentricité quand Tom Neuwirth a décidé de devenir Conchita. La diva barbue a parlé à Barbara de modèles à suivre, de division, de stéréotypes et de briser les tabous.

Barbara: Conchita, vous n’êtes pas seulement un homme, mais aussi une femme en tant que personnage artistique. Pour lequel d’entre vous est-ce le plus facile?

Conchita: Question intéressante. En tant qu’homme gay qui a encore beaucoup de problèmes dans la société, j’ai créé une femme hétérosexuelle, conservatrice, qui, eh bien, par coincidence a une barbe. J’ai remarqué qu’il y avait des situations où j’étais favorisé par rapport aux femmes parce que je suis tout de même un homme blanc. Plutôt étrange parce que tout en moi me pousse à ne rentrer dans aucune case.

B: Et ça ne marche pas?

C: Quelquefois non. Je veux vraiment me libérer de tous les stéréotypes. Mais en fin de compte, je suis encore seulement une colombienne catholique.

B: A cause de l’intérêt du public pour votre numéro, vous devez penser aux rôles de genre.

C: Pas vous?

B: Non, j’ai réfléchi pendant longtemps, sans définir ma propre féminité. C’est seulement plus tard dans ma carrière que j’ai réfléchi à ce que cela signifie pour moi.

C: Comment êtes-vous en tant que femme?

B: Sans affectation et cela me rend très heureuse. Je ne politise pas, je n’établie pas de stratégies sur qui je veux être. D’une certaine façon, j’ai réussi à avoir le maximum d’authenticité dans mon rôle de femme publique. C’est la situation la moins stressante.

C: Pas stressée c’est bien, mais pas la règle. Nous sommes toutes les deux dans des métiers qui sont encore dominés par les hommes. Et pas seulement dans ces professions.

B:  C’est vrai. J’anime de nombreuses soirées d’entreprises et où que j’aille, les conseils d’administration sont pleins d’hommes. Je me demande toujours où ils cachent ces femmes  qui sont censées travailler dans des postes de direction. Il y en a seulement quelques unes – et si elles existent, elles sont présentés comme des vaches à deux têtes.

C: Je sais. On va vous les présenter spécifiquement. Et quelques fois même, on marche.

B: Exactement! Je dois m’interdire de poser des questions stupides telles que: que ressentez-vous d’être la seule femme au conseil?

C: Votre marge de manoeuvre est étroite. En fait, vous voulez les aider dans leur position solitaire. En faisant ça, la mise en sur-évidence donne peut-être exactement le contraire.

B: Je serais en faveur de ne pas parler du tout de la féminité. Mais est-ce que ce ne serait pas mal, aussi? Parce que beaucoup de femmes dirigent de façon différente. Et balayer ça sous le tapis serait dommage.

C: Probablement que ce n’est pas bien, quoi que vous fassiez. Les gens s’offusquent vite à propos de tout. Quelque fois, je me demande: que puis-je vraiment dire sans recevoir une volée de critiques sur les réseaux sociaux?

B: Je crois que nous sommes en train de glisser graduellement vers un politiquement correct complètement exagéré. Il y a eu une époque où les politiciens se présentaient devant les gens et s’adressaient à eux avec: « chers électeurs » Aujourd’hui, c’est toujours le « chers électeurs et électrices ». ( en allemand, il est courant, de nos jours, de s’adresser à des groupes en utilisant les noms de genres spécifiques au lieu de l’expression masculine) Je me sens électeur, pas électrice. Et je pense que ce n’est absolument pas bien de travailler sur des noms à genre neutre. Il y a tant de problèmes différents. Par exemple, une femme gagne moins qu’un homme.

C: Et nous ne sommes pas entrées dans l’industrie du divertissement pour être politiquement correctes. Le divertissement fonctionne en divisant et en brisant des tabous.

B: Et les stéréotypes exagérés, aussi extrêmement féminins.  Quand on se retrouve toutes au milieu, ça ne devient plus drôle du tout. Vous par exemple: vous divisez en brisant les limites de genres et c’est presque politique. Vouliez-vous ça?

C: Non, je voulais juste être une femme barbue, tout le reste est venu après. Avant, j’étais très stricte quand les gens me demandaient si j’étais « il » ou « elle ». Dans le rôle je voulais être perçue comme une femme. Mais je deviens plus âgée et plus sage et je me rends compte que ce n’est plus important pour moi, ce que je représente quand je monte sur scène en tant que Conchita.

B: Et soudain, vous êtes apparue aux Nations Unies. Vous sentiez-vous écrasée par le rôle politique que l’on vous imposait tout à coup?

C: Au moins, je ne l’ai pas choisi. En fait, je voulais juste chanter. Mais cette opportunité de parler devant des gens qui peuvent vraiment faire quelque chose – je ne pouvais pas rater ça. Et mon message est gravé profondément en moi. Cela me bénéficie aussi quand je dis que l’égalité doit exister dans toutes les situations.

B: Mais vous avez dû  vous adapter rapidement à ce rôle important.

C: Je ne l’ai pas ressenti comme ça. Peut-être suis-je meilleure actrice que je l’imaginais. Et j’étais inspirée par des femmes fortes.

B: Par exemple?

C: La première diva que j’aie jamais rencontrée était ma grand-mère. Puis il y a ma mère – moins diva mais je l’aime plus que tout. Tous les modèles qui sont venus après étaient des femmes: Shirley Bassey, Evita Perõn, Céline Dion, Frida Kahlo. Des femmes qui se sont opposées au patriarcat et on vécu à leur manière. C’est pour cela que je voulais représenter une femme sur scène: je voyais plus de force en elle.

B: Je crois aussi que nous pouvons accomplir plus que les hommes. C’est ce qui se passe à la maison: pendant que l’homme se douche le matin et cherche ses chemises, la femme a déjà rempli et vidé deux fois la machine à laver et nettoyé l’appartement. Cela me rend furieuse parce que ça met en évidence les rôles. D’un autre côté, on est simplement capables de le faire. Et pas les hommes. Et alors je me sens mieux à nouveau. Les femmes font mieux les choses.

C: Ce que les hommes n’apprécient pas forcément.

B: Mais je le sais et cela me donne de la force.

C: Mais n’est-ce pas l’un des gros problèmes: le mâle ne tient pas compte de ce que les femmes accomplissent?

B: Hum. Un mariage ne consiste pas à applaudir le soir les mérites de la journée. Vous devez trouver beaucoup en vous-même. Et je n’ai pas besoin de rencontrer mes amies trois fois par semaine pour nous plaindre devant un verre de Prosecco combien les hommes sont mauvais. Ils ne le sont pas du tout.

C: Ce qui est, pourtant très courant. Autrefois, les femmes se plaignaient beaucoup moins.

B: C’est vrai! Et vous parliez de modèles avant: je me tourne beaucoup vers la génération de ma mère et de ma belle-mère. Je connais beaucoup de femmes autour de 70ans qui font beaucoup de choses bien. Après de nombreuses années de mariage, elles s’émancipent et trouvent ce qui leur va. Puisque je parle de cette génération, je n’ai plus peur de la vieillesse, parce que je sais: à 70 ans, vous pouvez encore être pleine de vie.

C: Avez-vous déjà des projets pour ce moment-là?

B: Je n’ai même pas de projets pour ce soir. Je ne planifie jamais rien. Tout ce qui arrive se fait à l’instinct parce que je sais que c’est toujours différent de ce que je pense. Je ne pense à rien surtout pas à moi-même.

C: Tant mieux pour vous. Je suis constamment à l’intérieur de ma tête. C’est incroyablement épuisant. D’abord, je ne suis pas ma plus grande fan et ensuite, je n’aime rien tant que me mettre en piëces. Et je me stresse. Si j’ai une apparition à la télé, je me demande deux semaines à l’avance si je vais bien chanter.

B: Je suis différente. Quand je chante un duo avec Rolando Villazõn, j’écoute le morceau de musique dix minutes avant que nous commencions. Je le fais très bien, mais je me demande: quelles qualité ça pourrait avoir si je me préparais correctement?

C: Pensez-vous que votre façon d’être une femme vous aide dans votre travail?

B: Je n’ai jamais compté là-dessus. Au lieu de ça, l’adrénaline du spontané m’aide à affronter ces situations. Depuis le début, j’avais la volonté d’être différente de ce que les gens penseraient de moi.

C: Que voulez-vous dire?

B: Avant, je minimisais le style jolie blonde avec des gros seins. J’avais toujours des pulls noirs ras du coup et pas particulièrement seyants, mais des amis intellectuels. Je ne voulais pas être une poupée parce que je savais: avec mon apparence, il est tentant pour les autres de me voir seulement comme ça. Et c’est la pire chose pour moi à propos d’autodétermination, quand les femmes se donne un genre excessivement féminin. Et la dépendance aux hommes.

C: Mais vous êtes aussi dans une situation plutôt confortable.

B: C’est vrai. Je n’ai jamais ressenti que j’avais un désavantage à cause de ma féminité ou que j’avais moins d’opportunités. Mais ce n’est pas normal.

C: C’est vrai, l’ego mâle peut être très tenace, ils ne veulent pas accepter que les femmes aussi ont des compétences.

B: J’en fais souvent l’expérience avec les chauffeurs de taxis. Quand je dis: vous pouvez tourner à droite ici, ça va plus vite, ils disent: non, je ne ferai pas ça. Ce ne sont pas tous les hommes qui acceptent qu’une femme leur dise ce qu’ils doivent faire.

C: Absurde. Si j’y pense plus précisement, je remarque seulement combien beaucoup d’hommes sont malheureux.

B: Donc, je n’y pense pas non plus. Je suis aussi recouverte de téflon, je ne remarque pas souvent quand quelqu’un me tombe dessus parce que je fais mon truc avec détermination. Il faut faire de gros efforts pour me blesser. Ça marche mieux dans l’autre sens.

C: Que voulez-vous dire?

B: Quand j’ai commencé à faire du sport et que je suis devenue un peu plus mince, beaucoup de femmes étaient vexées à cause de ça. C’est comme si j’avais dit adieu à une communauté solidaire dont je n’étais pas consciente.

C: Madonna a bien compris ça. Elle a dit: vous devez être sexy en tant que femme mais pas au point d’intimider les hommes. Et vous pouvez aussi être belle, mais pas belle au point que les autres femmes vous haissent

B: Hum. Hillary Clinton a reçu beaucoup de haine. Mais pas pour sa beauté.

C: Croyez-vous que Madonna aurait gagné si elle s’était présentée contre Trump?

B: Je ne crois pas. Le genre était probablement aussi un problème pour Hillary et c’est la même chose pour Madonna, comme on le sait.Il y a encore trop de gens qui ne veulent pas être gouvernés par une femme. Y compris des femmes.

C: Il y a du vrai là-dedans. Une femme politique autrichienne a raconté une fois qu’on lui avait dit pendant la campagne électorale, dans la rue: j’aime votre politique mais je ne peux pas voter pour vous. Vous avez trois enfants. Qui va s’occuper d’eux?

B: Pareil pour moi. Le fait de partager le travail dans une relation est possible aujourd’hui et normal aussi, ne semble pas être compris partout.

C: A part ça, qu’est-ce qui est important pour vous chez un homme?

B: Je veux un homme qui est plus grand et plus fort que moi. Je ne veux personne qui porte un jean trop petit pour moi. Et oui, je l’admets: je veux un héro. Qui me sorte d’une maison en flammes dans ses bras. Qui me demande comment s’est passée ma journée. Qui gagne son propre argent indépendamment et s’occupe des enfants. Nous sommes la première génération qui veut tout.

C: Alors la question se pose: pour qui le féminisme est-il le plus éprouvant?

B: Je crois que c’est dur pour les deux côtés. Mais les hommes se sont considérablement détériorés. Dans une relation émancipée l’homme doit abandonner ses privilèges.

C: Bien mais il y gagne aussi quelque chose. Plus de temps avec les enfants, par exemple, qui dans la passé grandissaient souvent en ayant peu de contact avec leur père.

B: C’est vrai. Et c’est pourquoi les hommes ont aussi besoin d’un lobby, parce que nous ne devrions pas nous leurrer : les hommes qui choisissent d’élever leurs enfants enterrent encore leurs opportunités de carrière. Mais ça va changer.

C: Vous le croyez? Ce sera comment dans dix ans?

B: Nous serons tous les mêmes.

C: Oh, non! S’il vous plait, pas ça! ….

Traduction: Jocelyne Peltier

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