Traduction de l’article du WELD sur la mort programmée de Conchita

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TRADUCTION FRANCAISE (par Jocelyne Peltier) de l’interview de Tom Neuwirth à propos de Conchita Wurst
https://www.welt.de/…/Ich-hinterfrage-mich-dieser-Tage-mehr…
https://www.welt.de/…/Neuzeit-Hippie-Jean-Paul-Gaultier-als…
 » Je dois tuer Conchita »
En tant que femme barbue, Conchita Wurst a enchanté son public en chantant. Aujourd’hui elle réfléchit à la gloire, aux fausses notes – et à un meurtre.
Vienne la nuit, la ville scintille sur le canal du Danube. Dans le « Motto », un lieu de rencontre avec de la musique forte et de petits coins-salons confortables, le serveur vient à la table en trébuchant et sert un autre verre. Le bar préféré de Conchita. « Ici, j’ai déjà donné à manger du schnitzel à Jean Paul Gaultier », elle bavarde et est habillée superbement: pantalon noir, bottes de cuir, cheveux longs, barbe taillée. Avec ses grands yeux sombres, elle vous englouti littéralement. Quand le vendeur de roses veut lui donner une rose, elle baisse les yeux comme Lady Di: « Il vaut mieux les vendre, gagner de l’argent est important. »
Parlons d’identités. Qui êtes-vous?
Conchita
C’est compréhensible. C’est un numéro, pour le monde extérieur, vous devez être Conchita.
C: Néanmoins, je suis et demeure Tom. Je ne veux pas être une femme, j’aime les hommes. J’aime les transformations. C’est aussi pourquoi j’aime Jean Paul Gaultier: il a apporté du romantisme dans la vie gay et de la grosseur sur les podiums. Il nous demande de ne pas être ennyeux et de voir qu’il y a plus de choses en nous, en moi, il y a assurément aussi un côté sombre.
Alors, c’est ainsi que ces personnes sont radicalement séparées: parce que Tom est si sombre et Conchita si joyeuse et légère?
C:Peut-être. J’aurai bientôt 30 ans et je me pose beaucoup de questions: Qui suis-je? Pourquoi suis-je dans ce corps? J’ai créé ce personnage, une hétérosexuelle, une femme conservatrice qui a même fait semblant de se marier! Ce personnage a connu de nombreux développements et moi aussi avec elle.
Que voulez-vous dire?
C:Au début, j’étais très vulgaire quand j’étais encore sur la scène burlesque et présentais des spectacles. J’étais tapageuse, exagérée et mon humour et mes critères étaient très brutaux. Je pensais qu’une drag-queen se devait d’être comme ça. Puis, cette femme bien élevée s’est éveillée.
Est-ce que le costume est aussi une échappatoire? Parce que si vous aimez les hommes, vous voulez juste ressembler à quelqu’un qui a le droit d’aimer les hommes, pour échapper à la pression sociale?
C:Pffff! Vous posez de ces questions…

Eh bien, si on est assis ici, on veut le savoir précisemment.
C:J’ai toujours été inspiré par les femmes – grande scène, grande voix, grande robe.
C’est ce que je voulais. J’aime les hommes, comme je l’ai dit – mais comme un homme. Quand des hommes me font des avances alors que je suis habillé en Conchita, ça ne me dérange pas. En tant que drag-queen, je me sens complètement asexuée. Je ne veux pas être appelé Tom. Si j’ai passé des heures devant le miroir, on devrait être conscient de ça aussi.
Quand Tom se montre-t-il?
C:La nuit! Je vis dans une tour.
Que se passe-t-il là?
C:J’étudie – les gens. Je regarde des documentaires, Instagram. J’analyse les personalités, leurs visages, ce qu’ils portent parce que je veux les comprendre. D’habitude, j’ai très faim après un spectacle. Et je veux une paix absolue. D’abord, je dois me débarrasser du maquillage. Puis j’enfile mon jogging, m’assois sur le lit et mange des pâtes. J’ai un matelas Tempur. C’est comme un nuage qui me porte, là-haut dans mon loft. Mon petit royaume paradisiaque.
Vivez-vous seul?
C:Oui, je suis célibataire. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de sexe. Je m’amuse assez. Mais je dois dire qu’en ce moment, je ne suis pas dans la situation où je veux laisser quelqu’un entrer dans ma vie. Très franchement, quand il s’agit d’amour, je suis la seule personne avec qui je puisse imaginer vivre.
Comment cela?
C:Parce qu’en ce moment, je suis concentré sur moi-même. Je ne veux me justifier pour rien, même si ce n’était pas nécessaire. Je veux être indépendant.

Parce que vous venez d’un petit village? Vos parents y tiennent une auberge.
Quand vous avez gagné l’Eurovision en 2014, il y a eu des acclamations. Mais aussi de la haine sur Internet. Quels ont été les pires commentaires?
C:Je m’en fichais complètement. Je ne m’intéresse pas à la haine.

Y-a-t-il jamais eu un moment de doute? Où vous pensiez, que me suis-je fait à moi-même?
C:Bien sûr, il y a des gens qui ont vu mon numéro comme une provocation. Mais je ne suis pas quelqu’un qui rumine ou est déprimé. Je ne l’ai jamais été. Je suis même citoyenne honoraire de mon village. Je pourrais aller chez le boulanger habillée en drag.

Parce que vous êtes maintenant une star acceptée.
C:Oui, je suis maintenant acceptable. Mon exotisme est permis. Les gens ont besoin de leurs cases.

Qui étaient vos idoles de jeunesse?
C:Notre village était beau mais petit. Mes parents travaillaient à l’auberge, j’étais très introverti et communiquais avec ma musique. J’étais un enfant de la télévision. Ariel, la sirène était mon idole. Elle m’a appris à chanter. Alors je chantais à la maison devant le miroir, dans les vêtements de ma mère. J’ai su, très tôt que je pouvais seulement être célèbre. C’est la seule chose que je peux bien faire.
Comment est-ce, quand vous êtes dans un village où tout le monde connait tout le monde, de prendre pour la première fois le petit déjeuner avec ses parents habillé en femme?
C:J’ai toujours trouvé les robes de femmes plus raffinées que les vieux vêtements de mon frère que je devais porter. Mes parents trouvaient que c’était drôle, okay, puis, la phase ‘robes’ s’est terminée. Plus important, quand je me suis rendu compte que je n’étais pas l’homme que je devrais être selon mon environment, parce que je ne m’intéressais pas aux voitures ou à couper du bois. Je n’éprouvais aucun intérêt pour les filles sauf pour tresser leurs cheveux. At 11 ans, j’ai soudain eu un nom pour ce que je ressentais. Cela m’a pris un an pour me le dire: gay. Il y avait les “boutonneux”, les “quatre-yeux” et les “rouquins” dans le village et moi j’étais “gay”. On se moquaient de nous tous. On est regardé comme une provocation, un être humain de seconde classe, un pervert. Combien de fois quelqu’un passait près de moi et faisait semblant d’éternuer? En fait il crachait “pédé”, les gens peuvent être horribles. Vous ne pouvez vous sentir en sécurité que dans certains endroits; l’homosexualité, c’est le diable.
Comment avez-vous trouvé votre premier ami?
C:Chaque vendredi, nous avions un rendez-vous convenu dans la cabane de jardin d’un ami, où on discutait de la semaine. Tout était très convenable. Mon meilleur ami était gay aussi, nous étions naturellement devenus alliés. Nous pensions que nous étions les seuls dans le village. Plus tard il s’est avéré que certains pères de familles avaient aussi des petits amis. Ensemble, nous sommes allés à Vienne pour sortir le week-end – quand nos mères vont lire CELA! Au Mango bar que nous connaissions par des publicités sur des sites de rencontre. Soudain, il y avait des garçons qui voulaient de nous. Soudain, vous pouvez voir comme cela peut être beau. Plus de “je dois être prudent”, “est-ce que quelqu’un regarde?” Soudain vous pouvez rayonner, embrasser, vous pouvez tout faire! Ces clubs gays sont aussi importants, parce que vous pouvez vous y trouver. Là j’ai compris le sentiment de liberté, dans ces petits 60 mètres carrés.
A 16 ans, vous avez fait l’expérience de votre premier concours de talents; Et puis est venue la naissance de Conchita. Prince, David Bowie, beaucoup ont joué avec le thème du genre. Pourquoi cela doit-il être un tel cirque, pourquoi ça ne peut pas être plus artistique?
C:Prince et David Bowie sont des talents exceptionnels. J’ai chanté aux confirmations au village et j’ai commencé ma carrière à la télé. J’ai commencé juste là où on gagne de l’argent. Et aujourd’hui ça inclut du marketing.

Vous avez la voix de Shirley Bassey. Vous pourriez vous produire comme vous êtes.
C:Je ne sais pas. Karl lagerfeld m’a photographié une fois et n’a jamais plus rappelé. Tout le monde cherche toujours quelque chose de nouveau. Je doute parfois d’être assez bon, d’avoir un intérêt limité. Je suis très réaliste avec moi-même. Bowie était d’avant-garde, Conchita est temporaire.

Alors, faut-il le costume parce que le chant n’est pas assez bon?
C:C’est dommage, à l’époque il ne s’agissait pas de savoir si vous chantiez trop haut ou trop bas. Aujourd’hui tout est évalué mathématiquement: jusqu’à quel point est-il bon, combien peut-il accomplir? Ce n’est plus juste chanter, souffrir et raconter une histoire. Je dis toujours: hé, mieux vaut un ton faux mais un peu de sentiment. Mieux vaut un peu trop haut mais en ‘live’.
David Bowie au moins n’aurait pas invité un magazine people chez lui. Votre biographie a aussi été publiée, autrefois, on écrivait quelque chose comme ça à la fin de sa vie.
C:Aujourd’hui, l’industrie musicale est tout à fait différente. Après une émission de talents, vous avez directement une équipe et on vous engage. Autrefois, il s’agissait de carrières à long terme, aujourd’hui vous pouvez être une star du jour au lendemain mais aussi retomber. Vous avez besoin de mordant et de culot, plus qu’avant. Vous devez faire du ‘tout compris’ aujourd’hui. J’ai peut-être encore vingt ans, donc, je prendrai ce qui vient.
Pourquoi la gloire est-elle si cool?
C:C’est l’attention inconditionnelle: le monde m’écoute. Pouvoir? Narcissisme? Aucune idée. J’aime juste l’admiration. J’adore quand les gens m’observent du haut en bas. Je ne suis pas timide, non plus. Cela ne m’affecte pas. En fait, je suis invisible.
Qu’avez-vous prévu, artistiquement?
C:Je peux imaginer beaucoup de choses: une émission de talents, je pourrais habiller les gens, meubler des hôtels, jouer: même un film sur ma propre vie. Mais quelqu’un d’autre doit jouer mon rôle, je ne peux pas jouer Tom. Peut-être Meryl Streep.
Vous préférer apparaitre avec un boa en plumes. Pourquoi pas comme une femme émancipée?
C:Parce qu’en fin de compte, je suis un homme gay. Et pour nous l’ultra féminité est merveilleuse.
Connaissez-vous la chanson de Charles Aznavour: “Je suis un homo, comme ils disent”? Là, il chante le fait qu’il vit avec se mère et cuisine et repasse.
C:Mignon, oui, je connais la chanson. Jolie!
Et le soir, il va dans un club comme artiste travesti. Mais il ne séduit plus de garçons parce qu’il est trop vieux. Et alors, apparait l’image du travesti vieillisant.
C:Triste, oui. Je connais, je connais très bien. Il y a un film merveilleux “Paris brûle” sur la vie des drag-queens. Je connais certains types. Ils supportent la douleur, une douleur infernale, le feu du rasoir étant la moindre.
Utilisez-vous le ‘tuck’ ou portez-vous un sous-vêtement ‘Spanx’?
C:Vous voulez dire le ‘tucking’? Vous vous y connaissez, dites-donc!
Le ‘tucking’ est une technique de drag-queens pour la région pubienne: après avoir été rasés, les testicules sonr rentrés dans le corps et le pénis est collé avec du ruban adhésif entre les fesses. Vous pouvez à peine vous assoir, vous transpirez et alors l’adhésif se décolle. Vous ne pouvez pas du tout aller aux toilettes. Je ne pourrais pas endurer ça. Certaines enfilent six paires de collants les uns sur les autres et mettent de la mousse dedans pour avoir des hanches plus féminines. J’ai un grand respect pour les drag-queens. Je ne prétendrais jamais en être une vraie, je suis une artiste drag (habillée en femme). Je suis beaucoup trop sensible à la douleur, trop paresseux pour me raser, c’est aussi pourquoi j’ai une barbe.
Mais vos lèvres sont refaites?
C: Je vous demande pardon?!? J’ai eu une seule fois ma ligne de cheveux regarnie. Des racines de l’arrière de ma tête ont été replantées devant. Mais c’est tout. A 20 ans, je voulais affiner mon nez persan, depuis je l’ai accepté.
Où gardez-vous votre perruque?
C: J’ai un dressing. Sur une étagère se tient la tête et elle regarde vers le mur. Je ne vois pas son visage, il ne faut pas qu’elle me regarde ou alors elle deviendrait trop vivante.
Est-il possible que la phase Conchita se termine un jour? Et que vous rangiez tous les costumes comme Elton John?
C: Ou je les vendrai! A certain moment, cela se produira, oui. Je ne sais pas encore quand mais j’ai envie de créer un autre personnage. Peut-être pas moi. Mais, avec le femme barbue, j’ai tout accompli depuis la victoire à l’Eurovision. Je n’ai plus besoin d’elle.
Sur Instagram, vos cheveux deviennent plus courts…
C: Je m’habille aussi de façon plus masculine. Que je sois assis ici avec des chaussures plates aurait été impensable il y a un an! Je cherche, oui. Je me pose des questions sur moi-même. Et Tom se rebelle. Il est si bruyant.
Que dit-il?
C: Qu’il veut sortir, se montrer, il vit comme l’enfant de la cave. Mais j’avais besoin de ça. J’étais cet homme qui pensait qu’il était trop féminin. En robe j’ai appris à accepter ça parce que soudain, cela m’allait bien. J’ai été quelqu’un d’autre assez longtemps. Est-ce que ça me rend heureux? Qu’est-ce que je veux?
Oui, quoi?
C: Je veux savoir pourquoi je vois à travers ces yeux-là. Pourquoi je suis la seule personne qui ne peux pas me voir. Je me vois dans le miroir mais je ne peux pas être assis là et me regarder. Alors je me demande: Est-ce que les gens voient les mêmes choses? Est-ce que le vert est le même vert pour tout le monde? Peut-être que j’ai perdu l’esprit. Je voudrais m’assoir en face de moi-même. Qui suis-je? En fait, tout tourne autour de moi.
Que devient Conchita?
C: Je dois la tuer.

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