Traduction de l’interview de Conchita pour Stylebook à Berlin

http://bit.ly/2cJU3UH

TRADUCTION FRANCAISE (par Jocelyne Peltier) de l’interview de Conchita dans la vidéo « live » de Stylebook

Journalist : Conchita, vous êtes la voix qui double Jourdan Dunn dans le film « Absolutely Fabulous ». Quand avez-vous été en contact avec AbFab pour la première fois ?

Conchita : Je crois que la première fois que j’en ai entendu parler ou entendu ses blagues, c’est quand j’avais environ 16 ans et que certains de mes amis ont commencé à citer ces deux personnages et j’ai pensé : ‘Incroyable, mes amis sont formidablement amusants.’ Pas longtemps après, je me suis rendu compte que c’était « Absolutely Fabulous » et je ne les ai plus du tout trouvés drôles, juste bons en imitation et pour moi, depuis le tout début, ça a été si frôle de voir se développer ces deux personnages. Ce que j’aime vraiment , c’est la façon dont Jennifer Saunders travaille, car elle réussit à m’amener à des situations où je me demande : « Puis-je rire maintenant ? En fait, je ne devrais pas en rire du tout. » Et pour cette seule raison, elle m’amène à réfléchir à certaines choses et à penser à ce qu’elle a pu penser, pourquoi elle l’écrit comme ça. Pourquoi les personnages sont-ils comme ils sont ? Et c’est proprement incroyable qu’un show réussisse à répandre l’humour et la joie mais donne aussi la possibilité de lire entre les lignes si vous le voulez.

J : Je crois que c’est le succès de cette série et tout le monde attend le film. Je connais beaucoup de gens qui ont retenu des billets pour la sortie en Allemagne des semaines à l’avance. C’est… Donc, avant « Sex and the City »… Cela montre comment les femmes peuvent être en réalité comme des mecs. Quel personnage trouvez-vous le mieux ? Ou…

C : Patsy. J’adore Patsy. Elle est comme je veux être.

J : Quelle caractéristique aimez-vous particulièrement en elle ?

C : Je veux fumer 5 cigarettes en même temps, je veux me soûler à 10h du matin et continuer à avoir l’air formidable et diriger une grande entreprise. C’est le rêve de tout le monde (elle rit). Eh bien, c’est le mien. Je me reconnais en Patsy dans la façon dont elle traite Eddy. Même quand on a envie de dire que ces deux-là, peut-être – ou pas – qu’elles sont égoïstes et égocentriques et elles se moquent de l’opinion des autres ou de leur bien-être, mais elles tiennent l’une à l’autre. En fait, c’est une amitié si profonde qu’elle marche peut-être seulement dans leurs deux têtes et n’est pas compréhensible par les autres. Où je me reconnais, c’est quand Patsy… Si Eddy a quelque chose à faire avec sa fille ou autre chose – elle lui fait clairement comprendre qu’elle doit venir faire du shopping avec elle. Elle dit : « eh bien, en fait, je voulais aller dîner avec mon ami ce soir, mais ok, sortons ». Et je dis okay !

J : Donc vous êtes plutôt la …

C : La pêcheresse (elle rit)

J : La pêcheresse qui dit, laissons tomber nos devoirs…

C : Oui, hum… Pas de la façon dont ça se passe dans AbFab mais quelque fois, je laisse… Et le soir je fais quelque chose de différent.

J : Par exemple ? Eh bien, où…

C : Cela n’a pas d’importance.

J : Ce qui vous rend ‘super contente’ ou si vous dites, aujourd’hui j’en ai tellement marre de ce monde. Que faites-vous quand vous dites…

C : Ce qui marche toujours, ce sont mes amis. Toujours. Ce qui marche toujours, c’est la comédie et surtout « Absolutely Fabulous ». Le chagrin d’amour d’Hape Kerkeling ne se doute sûrement pas combien il m’a aidée à surmonter ça. Eh oui, il y a les … De ce monde que je prends.

J : Vous avez parlé de l’amitié entre ces deux personnages. Vous pensez que c’est ce qui est si spécial dans ce film, on peut parler d’amour, inconditionnel, comme elles sont différentes et se complètent de façon fantastique. Avez-vous des gens comme ça dans votre vie ? Quand vous dites…

C : Absolument.

J : Je ne peux pas être sans eux plus longtemps.

C : Je m’estime heureuse d’avoir un cercle d’amis, et heureuse que nous soyons un groupe de gens qui s’entend bien avec un minimum d’efforts. Nous sommes tous très respectueux et nous nous traitons mutuellement avec beaucoup de respect, mais ce n’est pas comme si on devait se forcer. C’est naturel que chacun soit accepté comme il ou elle est et c’est tout simplement ma deuxième famille. Dans le meilleur des cas vous avez deux familles. L’une que vous choisissez et l’autre dans laquelle vous êtes né.

J : Comment sont ces gens ? Que doivent-ils avoir pour être vos amis ? Chacun a sa propre définition des amis. Certaines personnes disent qu’ils doivent toujours être là pour eux, d’autres disent…

C : Non, je… une profonde honnêteté. C’est la seule chose qui compte et la seule chose – je crois que c’est l’une des choses les plus importantes que nous apprécions entre nous : la possibilité de dire des choses sans avoir peur que l’autre personne se fâche et nous avons la possibilité – comment dire – il n’y a aucune peur de contact, il n’y a aucune situation comme « je ne peux pas lui parler de ce sujet. » Tout est très clair, ouvert et naturel.

J : L’une des parties les plus importantes du film est un peu un hommage à Kate Moss et…

C : Et Stella McCartney.

J : C’est vrai, Jennifer Saunders aussi, mais Kate Moss est vraiment…

C : Oui… Universelle.

J : C’est le scénario et elle dit qu’elle – je veux dire elle n’est pas la seule comme ça. Kate Moss défie toutes les règles. L’admirez-vous aussi ou…

C : Oui, Kate Moss est absolument…

J : Je veux dire qu’elle a vécu des hauts et des bas et c’est un peu ce qui arrive à Patsy et Eddy, elles tombent sur le nez – quelque fois à cause du champagne – et se retrouvent …

C : Toujours sur leurs pieds.

J : Avec un visage souriant, à nouveau sur leurs pieds.

C : Kate Moss est vraiment une punk ; elle a joué selon les règles de l’industrie de la mode de multiples façons. Bien sûr, c’est une icône, je veux dire qu’elle est dans le milieu depuis longtemps et elle ressemble encore à ce qu’elle était et, comment dire, je peux comprendre qu’on aime Kate Moss.

J : Et elle refuse les réseaux sociaux. Ce ne serait pas une option pour vous, n’est-ce pas ?

C : Effectivement, ce n’est pas une option pour moi. Je mentirais si je disais que j’aime vraiment ça, pas parce que je suis paresseuse, juste parce que je pense que je suis trop ennuyeuse et je me demande souvent : « Pourquoi je publierais ce que je mange maintenant ? » Ou je pense que j’agace les gens. Mais mes fans confirment très souvent que je ne les agace pas et qu’ils sont contents de tout ça et donc je le fais pour eux. Parce qu’ils veulent une connexion avec moi au-delà de la télévision et de la musique et c’est très, très flatteur et touchant et c’est la raison pour laquelle je le fais.

J : Vous doublez Jourdan Dunn. C’est un modèle de couleur et c’est elle qui milite pour la tolérance et l’égalité et contre le racisme dans le monde de la mode – si triste que ça existe toujours. Voyez-vous des parallèles entre elle et vous ? Vous combattez aussi pour la tolérance.

C : Eh bien, je vois… Je crois que nous avons la même façon de voir le monde. Je dois dire qu’elle est très belle et a beaucoup de succès.

J : Et mère célibataire.

C : Mère célibataire, ça veut dire que nous n’avons rien en commun (elle rit) sauf l’attitude. Mais je connaissais Jourdan Dunn avant le film. Je n’ai pas été beaucoup en contact avec elle mais c’est – comme elle dit – c’est malheureusement exact qu’il y a du racisme dans le monde de l’industrie de la mode, dans notre société et le monde, et c’est – et d’un côté c’est aussi un peu triste- quelque chose de très spécial de voir une aussi belle femme sur une grande affiche de Burberry. Et je trouve que c’est formidable mais en même temps je pense : « c’est dommage de devoir penser à ça comme à quelque chose de formidable parce que ça devrait être tout à fait normal et légitime ». Et il y a – comment dire – la communauté gay dans la même situation, en particulier en ce qui concerne le show business. Il y a tellement de différents griefs… qui devraient être réglés depuis longtemps mais vous pouvez seulement y travailler sans relâche.

J : Y-a-t-il… Je reçois des commentaires.

C : Au fait, bonjour, mes chéris .

J : Il y a deux commentaires qui expriment de l’irritation à votre sujet. Est-ce que cela arrive encore souvent ?

C : Oui et ça n’est pas grave. Je mentirais si je disais que quand j’ai vu la première drag-queen avec une barbe ça m’a semblé naturel. Au début cela m’agaçait, et puis j’y ai vu une incroyable beauté. Pas la beauté que l’on peut mesurer avec les normes visuelles, mais juste pour dire « et oui, je veux des yeux avec du maquillage féminin, et je veux ma barbe, et je veux porter des talons hauts, et je suis toujours un homme ». Je pense que c’est sensationnel et c’est pour ça que je vis et respire, pour me créer une vie aussi formidable que possible ; et mes parents m’ont donné des règles simples à suivre : « Etre respectueux et ne faire de mal à personne » et quand je coche ça sur ma checklist, alors je suis sur le droit chemin – je respecte toute opinion à mon sujet comme les gens doivent respecter la mienne mais je ne m’en préoccupe pas.

J : Parlons un peu plus du film. Etait-ce la première fois que vous doubliez quelqu’un ?

C : Non, c’est la deuxième fois. La première fois je doublais un film pour enfants, j’étais une chouette des neiges, une chouette russe et c’était – bien que ce soit le même travail – quelque chose de complètement différent parce que cette chouette est un personnage fictif que je pouvais faire un peu preuve d’invention avec ma voix en la doublant. Cela ne marche pas pour une personne vivante. C’est la raison pour laquelle la concentration dans « Absolutely fabulous » était vraiment autre chose que dans « Les Pingouins de Madagascar ». Quand Jourdan Dunn ouvre la bouche, alors je dois ouvrir aussi la bouche et je dois le faire à exactement la même milliseconde qu’elle. Avec un dessin animé il reste un peu de champ. C’est-à-dire – surtout parce qu’elle a un petit bec, donc on ne voit pas immédiatement s’il bouge ou pas. Donc, c’était un bon début pour s’y essayer mais doubler des gens requiert vraiment beaucoup de concentration.

J : Jean Paul Gaultier fait une courte apparition dans le film. Vous avez une bonne relation. Vouliez-vous apparaître dans ce film aussi ?

C : Bien sûr. Si j’avais su qu’ils préparaient le film, j’aurais été la première personne à les appeler. J’aurais fait n’importe quoi ; j’aurais fait le café sur le plateau. Cela aurait été pareil pour moi. Cela me semblait si formidable. En fait, j’avais une invitation pour le Première à Londres et je ne pouvais pas y aller et j’en étais très triste mais ensuite j’ai été heureuse d’avoir au moins un orteil dans l’équipe d’AbFab.

J : Un des grands thèmes du film est la mode. C’est sur le persiflage dans le monde de la mode. La mode joue un grand rôle pour vous. Qu’essayez-vous d’exprimer dans la mode ?

C : D’une part, j’ai été éduquée à produire de la mode, j’ai étudié le stylisme et j’ai eu mon diplôme. Merci d’avoir posé la question. Toute ma vie, j’ai été intéressée par la mode et la mode est pour moi – quelle surprise- très importante pour créer des personnages, pour faire ce que je fais. Pour moi, c’est une façon de dire sans parler ce que je ressens. Une tenue réussit, si j’ai le cafard, à me donner confiance en moi. Je crois que beaucoup – non pas autant que ça – connaissent ça. Quand on sort et qu’on porte une belle tenue et qu’on se voit dans le miroir, et qu’on se sent vraiment confortable, la soirée sera vraiment autre chose que par exemple si j’ai un bouton et n’ai pas du tout envie de sortir. C’est un simple exemple mais…

J : De façon assez drôle, les choses les plus absurdes se produisent

C : Oui, c’est vrai. Un simple bouton peut vous mener loin si vous le voulez mais la mode a un charisme incroyable – comment dire – en fin de compte l’industrie de la mode ainsi que le show business ne sont pas des choses essentielles, ce n’est pas de la chirurgie cardiaque. Et si vous êtes toujours conscient de ça – comment dire- vous pouvez voir la mode avec sérieux. Donc, je ne – comment dire- je ne me mettrai pas à pleurer si mon pull en cachemire a rétréci.

J : Qu’est-ce qui vous inspire ? Je veux dire pour vos tenues de scène. Avez-vous quelqu’un avec qui vous travaillez ?

C : J’ai la chance d’avoir un styliste et tous les deux nous sommes enthousiastes quand une nouvelle livraison arrive. Vous devez imaginer comment ça se passe : toutes ces belles choses sont prêtées par les grands créateurs de ce monde et puis je les renvois et à chaque fois que quelque chose de nouveau arrive – ça vient de mon éducation – je regarde : comment l’ont-ils cousu ? Comment l’ont-ils fait ? Incroyable qu’ils aient trouvé cette solution, et c’est une passion, oui.

J : Avez-vous des préférés ? Qui aimez-vous beaucoup ?

C : Je dirais ça d’une seule créatrice – que j’aime tout ce qu’elle fait- c’est Victoria Beckham. Je pourrais probablement porter tout d’elle. Mais, je ne lésine pas, donc il y a beaucoup de vêtements que je trouve beaux mais que je ne porterais jamais parce que je sais qu’ils ne m’iraient pas ou que ce n’est pas mon style. Donc, je peux faire la différence mais à cause de l’intimité, Jean Paul Gaultier est le seul et unique pour moi.

J : Est-ce qu’il vous prête seulement des vêtements ou achetez-vous des choses de lui aussi ?

C : Je dois dire que les choses qu’on me permet de porter dépassent complètement mon budget. Donc, je marche sur le tapis rouge dans une tenue haute-couture et je pense tout le temps : « <oh mon Dieu, il y a un mur, ne le touche pas. S’il vous plait, ne marchez pas sur ma robe ». Parce qu’on a tellement de respect pour ces articles de mode et pour le travail incroyable qu’elles reflètent que je suis contente si je peux les rendre intactes.

J : Revenons au film, à l’intrigue. Je crois que c’est in hommage au vieillissement, plutôt au non-vieillissement – vous voyez ce que je veux dire. Pensez-vous souvent au fait de vieillir ? Comment vous voyez-vous dans 50 ans ?

C : J’ai une approche très peu conventionnelle de ce sujet. Souvent je me dis que je me comporte comme quelqu’un de plus âgé que moi et je crois que ça ennuie beaucoup de gens mais je suis fascinée par – eh bien, ma grand-mère est l’une de mes plus grandes inspirations. J’aime à penser, si on peut – et tout le monde devrait pouvoir y arriver – que l’âge est seulement un nombre si vous ne le laissez pas vous ralentir. Et la seule chose qui devrait pouvoir vous ralentir est votre corps qui malheureusement – à cause des années – n’est plus aussi en forme que 20 ans auparavant. Et c’est parce je pense ça que je trouve que c’est important et incroyable que le film montre ça, oui, l’âge est juste un nombre et elles se donnent à fond.

J : Ils me restent deux questions : la première, il y a la relation entre Eddy, donc Jennifer Saunders et sa fille Saffy qui n’est vraiment pas chaleureuse, du moins dans le film. Quelle est votre relation avec vos parents ?

C : Oh, je voulais parler de la relation entre ces deux personnes. La relation avec mes parents est formidable. Je suis vraiment heureuse d’avoir deux familles ce qui est merveilleux et tout à fait possible. Ma mère dit ceci très souvent : » Simplement parce que nous sommes tes parents ne veut pas dire que nous devons être tes amis ». Mais c’est le cas et plus je vieillis et plus nous sommes d’accord. Ne vous méprenez-pas, ma mère reste ma mère et quand j’aurai 50 ans elle dira : « Enlève tes pieds de la table », et j’enlèverai mes pieds de la table ; mais en dehors de la relation parent-enfant, il s’est développé une amitié avec en toile de fond le fait qu’ils sont toujours mes parents. Est-ce que c’est compréhensible ?

J : Une question sur vos tatouages. Combien en avez-vous ?

C : J’ai trois tatouages. J’ai la « Petite Sirène » parce qu’elle m’a appris à chanter et celui-ci est en fait un symbole de ma famille. C’est un peu long à expliquer mais ce sont les initiales cachées de ma mère, mon père et mon frère, et sur le dos j’ai le tatouage de ma mère.

J : Tout et clair. Merci pour cette interview.

C : Merci infiniment !

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