Traduction de l’émission australienne »Le thé avec Jules »

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https://www.youtube.com/watch?v=_cOVu-7WHsc

TRADUCTION FRANCAISE (par Jocelyne Peltier) de l’interview de Conchita Wurst par Jules Sebastian dans l’émission « Le thé avec Jules » à la télévision australienne.

Jules : Conchita Wurst, ceci est tellement excitant. Je suis si heureuse de vous recevoir aujourd’hui !

Conchita : Merci beaucoup de me recevoir !

J : Oh, mon dieu ! Je vous ai rencontrée pour la première fois l’année dernière à l’Eurovision.

C : Oui !

J : Parce que par hasard, mon mari se produisait…

C : Exactement ! (rire)

J : Vous étiez la championne en titre de 2014, la gagnante.

C : Est-ce que ça vous a plu ?

J : C’était incroyable ! J’ai passé un moment formidable ! J’ai mangé tellement de… (pâtisseries autrichiennes), que j’ai pris 5 kilos !

C : J’en suis désolée ! Vous êtes magnifique !

J : Merci ! Et regardez-vous ! Vous êtes toujours la star du style ! Etes-vous une buveuse de thé ?

C : Euh… voilà comment ça se passe : je fais semblant d’être toujours quelqu’un de très sain, et je veux vraiment me débarrasser de trop de sucre, trop de café, etc… Donc je bois du café noir ce que je trouve épouvantable. Et puis j’ai découvert que le thé était aussi une option.

J : Eh bien, nous allons prendre une tasse de thé à la menthe.

C : Parfait !

J : Dans « le thé avec Jules » on aime revenir en arrière. Nous savons que vous maintenant vous êtes auteur, vous avez un album de sorti avec du chant magnifique. Mon dieu, votre voix est incroyable !

C : Oh, merci !

J : Bien sûr vous êtes la gagnante officielle de l’Eurovision en 2014, mais il y a bien d’autres choses à propos de vous ! Parlez-moi un peu de votre enfance et comment vous avez grandi.

C : J’ai grandi, selon moi, dans un environnement de conte de fée, dans les montagnes d’Autriche. C’est très ringard. J’ai toujours été entourée d’amour, d’amis et par une famille qui me soutenait beaucoup. Donc, j’ai vraiment eu une très belle enfance. Et je commence toujours par ça, parce que les gens ont tendance à me cataloguer comme victime. Oh ma chérie, ma pauvre… J’étais vraiment entourée par beaucoup de gens qui m’aimaient.  J’ai toujours aimé divertir les gens du plus loin que je m’en souvienne. Et je crois que c’est devenu un peu dur à l’adolescence. Mais je crois qu’être adolescent, ce n’est tout simplement pas marrant. Il se passe tellement de choses, dans votre tête, dans votre corps et vous découvrez certaines choses sur la vie et tout d’un coup  tous ces enfants ont un mot pour décrire ce garçon bizarre qui s’habille en fille, et tout ça. C’est vraiment une période où j’ai eu un peu de mal parce que je manquais totalement de confiance quand je me suis rendu compte que j’étais gay. J’ai pensé que quelque chose n’allait pas chez moi, parce que la société me le disait. Et une fois que j’ai surmonté ça, et que j’ai compris qu’être gay n’est pas un problème, ce n’est pas un choix non plus.

J : Comment avez-vous surmonté ça ? Y-a-t-il eu un processus ou… ?

C : C’était un processus, j’ai dû l’accepter et comprendre que je n’étais pas l’erreur mais c’était l’opinion de la société qui était un problème. Et une fois que j’ai compris ça, plus rien ne pouvait me blesser.

J : Quel âge aviez-vous quand vous compris ça ?

C : Je crois que j’avais environ 12 ans. Mais même si j’avais plutôt confiance, je ne me suis pas révélée à mes parents avant d’avoir 17 ans. Vous supportez ça, ce mensonge, ne pas être honnête avec eux…

J : Vous vous êtes révélée vers 17 ans. Vos parents en avaient-ils une petite idée ?

C :  Bien sûr ! Ma grand-mère parlait de moi à mes parents quand j’avais environ 6 ou 7ans… Et quand ils disaient : oh mon dieu,  à quoi ressemblera sa petite amie ? Mon frère aussi… Ils disaient, nous allons avoir des petits enfants… et ma grand-mère levait les yeux au ciel (elle fait la mimique), eh bien, je crois qu’avec l’un oui, mais  avec celui-là je ne suis pas sure ! Elle est vraiment très cool ! Mes parents ont été élevés de façon très conservatrice donc je ne peux pas les blâmer d’avoir non pas eu un problème mais d’avoir eu un peu de mal avec ça. Parce que, évidemment, c’est une autre génération. Et donc, j’ai fait mon « coming out » pour mes parents d’une façon que je ne recommanderais pas. J’ai commencé à être dans une émission de télé quand j’avais 17 ans, en Autriche, j’ai donné quelques interviews et on en est arrivé à : et votre vie amoureuse ? Dans cette situation, j’ai pensé qu’il y avait deux façons de faire : soit mentir soit être aussi sincère que possible. Et j’ai pris la décision d’être moi-même à cent pour cent. J’ai donc fait cette interview qui sortirait une semaine plus tard. Donc je suis rentrée à la maison et j’ai dit à mes parents : hé, je dois vous dire quelque chose, je suis plutôt intéressée par les hommes. Et eux : bon… Mais la semaine prochaine toute l’Autriche allait le savoir !  Et c’était ça le problème. Parce que mes parents possèdent un petit hôtel et ils pensaient que l’opinion des autres était plus importante que la leur. Donc ils ont eu du mal avec cette idée que tout le monde allait savoir. C’est le moment où ma grand-mère est arrivée, tout le monde pleurait, c’était vraiment très dramatique. Elle est entré et m’a attrapé la main et m’a dit nous devons y aller parce que tu dois passer à la télé, et elle s’est tournée vers mes parents juste avant de partir, et leur a dit : tous les deux, restez calmes ! Et nous avons rit, c’était fini !

J : Quelle grand-mère cool !

C : Oui ! Elle aime tellement ce que je peux faire. En fait elle pense qu’elle est célèbre maintenant !

J : Vraiment ?

C : Oui ! Elle était à une soirée avec moi… Maintenant elle est prise en photo avec des fans. Elle apprécie vraiment ça !

J : C’est adorable ! Vous savez, ce que j’aime chez vous c’est votre message. Je ne sais pas si c’est quelque chose que vous aviez l’intention de faire, ou si c’est ce que vous êtes, vos chansons : « Rise Like A Phoenix », « Unstoppable » ont une telle énergie positive.

(Rise Like A Phoenix / Unstoppable)

J: Et le fait que vous disiez, vous n’avez qu’une seule vie, vous devez la rendre fabuleuse, et parliez de paix et de liberté, est-ce que vous aviez l’intention de faire ça ou c’est quelque chose qui vient naturellement ?

C : J’ai toujours été une personne qui défend ce en quoi elle croit. L’ensemble, avec la barbe, l’apparence visuelle, est plutôt puissant. Ce à quoi je ne m’attendais pas au début quand j’ai décidé de devenir une dame avec une barbe. J’ai juste pensé : c’est amusant, allons-y ! Mais les gens m’ont immédiatement regardée de travers, même dans la communauté où on pourrait penser que tout le monde est très large d’esprit et tolérant. Ils ont dit des choses comme : vous ne faites pas du « drag » si vous avez une barbe. Et j’ai dit : attendez un peu, nous sommes cette communauté qui demande à être respectée et vous ne respectez pas ce que je fais ! C’a été tout à fait naturel pour moi de dire : excusez-moi, ça ne vous regarde pas, je ne vous fais pas de mal, donc… Mais je crois vraiment que si vous vous concentrez sur les bonnes choses dans la vie, de bonnes choses vont se produire. C’est assez naïf…

J : Non, je suis d’accord avec vous, c’est vrai. Quand Conchita est-elle apparue ? Quand avez-vous « fait » Conchita ?

C : Eh bien, une amie à moi m’a proposé de présenter un spectacle burlesque qui était hebdomadaire, tous les samedis. Et j’ai dit, je pourrais le faire en « drag » et elle a dit : oui, ce serait amusant ! Après ça je me suis rendu compte que je devrais me raser toutes les semaines. Et je déteste mon visage sans barbe, j’ai encore l’air d’avoir 12 ans. Alors je lui ai demandé : est-ce que ça te conviendrait d’avoir une femme barbue comme présentatrice ? Elle a trouvé ça très excitant, donc je l’ai fait.

J : Vous avez travaillé très dur sur votre chant, votre art, votre interprétation, et tout ça n’est pas facile et soudain, il semble que du jour au lendemain vous êtes si célèbre et tout le monde vous connait. Est-ce que ça semble être: j’étais née pour ça, c’est amusant, ou est-ce beaucoup à appréhender ?

C : Pour êtes tout à fait honnête, j’ai toujours voulu être célèbre, depuis que je suis très jeune. J’ai toujours voulu attirer l’attention, montrer aux gens ce que j’ai. Et ça n’a jamais changé. Donc j’aime vraiment mener ce genre de vie mais cependant, je ne prends pas ça comme allant de soi. C’est vraiment un privilège et je crois que le groupe de gens sur cette planète qui peuvent vraiment faire ce qu’ils aiment le plus et gagner leur vie avec, est un très petit groupe. Donc j’y travaille très dur pour pouvoir le faire toute ma vie. Mais j’aime vraiment ça. Les paparazzi qui me suivent dans les rues de Paris, je suis contente de les laisser faire ! J’aime ça !

J : Quand vous marchez dans les rues de Paris, êtes-vous Conchita ou Tom ? Et Tom a-t-il la même personnalité que Conchita ?

C : Je suis un peu différent quand je ne porte pas de maquillage et une perruque. Mais je crois que c’est quelque chose tout le monde dans les médias connait, non ? Je crois que même vous, vous mettez du maquillage et vous devenez votre personnage de scène. Je crois que tout le monde a son truc personnel. Quand on parle de Paris, évidemment je n’habite pas Paris, quand je marche dans les rues de Paris, c’est pour les affaires ou le travail. Je suis donc complètement « habillée », la plupart du temps j’y suis à cause de la semaine de la mode et c’est pourquoi tous les paparazzi sont là. Autrement, ils ne s’intéressent pas du tout à moi. Mais c’est toujours agréable.

J : La semaine de la mode de Paris est incroyable !

C : Oui, oui ! C’est étourdissant ! Ayant étudié la mode, j’ai entendu tous ces noms pendant des années et des années, et à présent devenir en quelque sorte amie avec certains d’entre eux, c’est quelque chose que mon esprit ne réalise  pas dans mon petit univers !

J : Portez-vous leurs créations quand vous y allez ?

C : Bien sûr !

J : C’est la meilleure partie !

C : C’est vraiment formidable ! Même maintenant, quand toutes les choses arrivent, je les retourne et je regarde comment elles sont faites. Mon styliste et moi y prenons beaucoup de plaisir.

J : Aurez-vous une ligne de vêtements un jour ?

C : Il ne faut jamais dire jamais ! J’aimerais vraiment travailler dans la mode dans l’avenir. Maintenant, j’ai commencé à écrire des chansons il y a six mois, et c’est si fort, tout le processus est si intense que je ne comprends pas comment j’ai pu vivre sans ça. Parce que c’est très intime et plein d’émotion, et cela vous amène à mieux vous connaitre, en fait. Donc, la musique est encore plus, maintenant,  l’amour de ma vie, dons la mode a dû se mettre un peu en retrait.

J : Cela va ensemble cependant. Tous ces univers créatifs se recoupent. Qu’est-ce qui fait une bonne chanson selon vous ? Parce que vos chansons parlent tellement au cœur ! J’aime les ballades, est-ce votre type de musique ?

C : Oui, absolument ! J’ai grandi en écoutant Shirley Bassey, cela m’a probablement poussée dans une certaine direction. Jusqu’à ce jour où on me permet de chanter à l’Opéra de Sydney, je vais donc chanter quelques chansons de Shirley Bassey. Juste pour me faire plaisir et ennuyer les autres. Oui, c’est probablement l’émotion la plus forte que j’aie avec ces orchestres dramatiques, et de belles paroles. Et c’est probablement aussi pourquoi, j’ai su tout de suite que « Rise Like A Phoenix » était LA chanson pour l’Eurovision.

J : Comment cette chanson est-elle arrivée ?

C :  Après l’annonce que je serais la candidate, on a tout de suite commencé à chercher des chansons parce que je n’écrivais pas de chansons à ce moment-là, donc on devait espérer recevoir de bonnes choses. Quand j’ai entendu « Rise Like A Phoenix » pour la première fois, nous avions cinq chansons complètement produites. Et on a pensé : il nous reste deux trois semaines, on peut trouver quelle est la meilleure chanson pour la radio… Et j’ai reçu un mail de mon manager avec cinq chansons de plus, disant, soyons justes, écoutons-les et puis nous pouvons dire que nous sommes désolés mais que nous avons déjà notre chanson. Et l’une de ces chansons était « Rise Like A Phoenix ». Je l’ai écoutée et j’ai immédiatement envoyé un texto à René, disant : nous avons un problème ! Parce que c’est LA chanson ! Nous avons pensé : d’accord, trois semaines, avec un grand orchestre, enregistrer… ça devrait être possible !

(RLAP)

J : Ma partie préférée de cette interprétation, c’est quand la caméra se rapproche et il y a ce vent… C’est : tous mes rêves se réalisent, en un instant.

C : Oui, je sais !

J : Et j’adore ça !

C : C’est tellement ridicule ! Mais c’est l’Eurovision, non ? Non, vous avez raison, Beyoncé n’est pas ringarde, elle est au sommet.

J : Elle a une soufflerie partout où elle va. Dieu merci, juste soufflant du vent dans ses cheveux !

C : Oui ! Doux Jésus !

J : Maintenant que j’ai fait l’expérience de l’Eurovision comme invitée et pas comme candidate, bien sûr, c’est incroyable ! On a vraiment passé du bon temps. Rien que cette « machine » ! C’était incroyable de vois tout ça se mettre en place ! Aviez-vous le sentiment quand vous y étiez que peut-être vous pouviez gagner,

C : Non ! Les gens autour de moi oui, parce qu’ils avaient l’occasion de parler à des producteurs, entendre l’opinion de journalistes et tout ça. Mais j’étais si concentrée sur ces trois minutes, je n’osais même pas penser que je pouvais éventuellement gagner. Parce d’abord je viens d’Autriche !  Et je suis une drag-queen en plus ! Donc ça ne pouvait pas arriver !

J : Comment se sentait votre grand-mère ce jour-là ?

C : Pas très bien, pour être franche ! Parce que c’était trop pour elle ! Je l’ai appelée le lendemain et elle a répondu au téléphone : « Je ne peux pas maintenant ! » (rires)

J : Vous êtes un exemple à suivre, quelqu’un qui représente… Je sais que cela ne vous met pas à l’aise d’être ça. Je peux comprendre pourquoi parce que vous êtes seulement ce que vous êtes.

C : Exactement.

J : Et c’est dur d’avoir cette pression.

C : Oui ! Mais en fait je ne ressens pas vraiment la pression parce que je dis toujours que si les gens ont des attentes… vous savez, j’essaye vraiment de me débarrasser des attentes complètement, parce qu’on est déçu à 80%. Et je n’aime vraiment pas me décevoir ! Mais si les gens s’attendent à ce que je dise ou fasse certaines choses et que je ne le fais pas, et bien je suis désolée mais je n’ai jamais rien promis ! Sauf être moi-même et dire ce que je pense être juste.

J : Est-ce que c’est le rêve, vous vivez le rêve ?

C : Tout à fait ! Gagner ce grand concours  et avoir l’opportunité d’être reconnue, et reconnue dans la profession c’est en fait la liberté artistique ! Mais pour être entièrement honnête, je ne veux pas que l’Eurovision soit le seul point fort de ma carrière.

J : Bien sûr !

C : Je veux un Grammy ! Même si je n’obtiens pas de Grammy, je fais faire l’expérience de tant de belles choses et en fin de compte, je dis toujours, c’est du divertissement et pas de la chirurgie cardiaque ! Et je trouverai toujours un moyen de rester heureuse. Parce que je me connais, même si tout ça est fini demain, je serai accablée, mais après un certain temps je me relèverai et continuerai.

J : C’est une attitude formidable ! Qui est votre icône, en dehors de Shirley Bassey ?

C : Eh bien j’ADORE, j’ADORE , Laura Mvula ! Vous la connaissez ? C’est une chanteuse anglaise. Elle compose aussi et elle est absolument fabuleuse, une superbe femme noire, une voix si belle, en ce moment elle est toujours sur ma playlist.

J : Vous n’allez pas dire Guy Sebastian ?

C : Ecoutez,  pour parler de Guy, vous n’êtes pas la meilleure personne à qui en parler, parce que vous allez vous fâcher contre moi !

J : Pourquoi,

C : Parce que je suis un petit peu amoureuse de votre mari, je suis désolée.

J : Non, ok.

C : Y-a-t-il de la liqueur dans le thé ?

J : (rire) Vous avez été très gentille. Et vous allez chanter avec lui à l’Opéra.

C : Exactement !

J : Je veux entendre ça !

C : J’ai été si heureuse qu’il accepte de le faire, parce que c’est une grande vedette, donc JE suis contente qu’il soit dans mon spectacle !

J : Bien sûr, ça va être incroyable !

C : Je suis très excitée !

J : Je veux vous remercier de vous être jointe à moi aujourd’hui.

C : Merci de m’avoir reçue.

J : D’avoir pris le temps et d’être un si bel être humain !

C : Oh, merci ! C’était merveilleux de vous parler !

J : Si vous avez jamais besoin d’une styliste !

C : Je sais, je sais ! Buvons à ça ! Et pour la caméra, il y a bien de la liqueur dans le thé !

 

 

 

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