Traduction de l’interview de Conchita Wurst dans « Kultur Heute- jahresrückblick »

TRADUCTION FRANCAISE (par Jocelyne Peltier) de l’interview de Conchita Wurst dans « Kultur heute – Jahresrükblick » ORFIII du 30 12 15

Introduction

Zéro points pour l’Autriche au plus grand évènement musical de l’année – malgré un piano en feu. L’Autriche a déjà reçu zéro point auparavant, mais ce n’est jamais arrivé que le pays ‘hôte ‘ reste sans points. Les Makemakers l’ont accepté sans protester, cependant.
Les Makemakers : Nous sommes simplement heureux que l’Autriche nous ait soutenus et on espère qu’ils vont continuer. Merci encore à tout le monde !
Une autre surprise a été l’Australie, le pays avec le plus de fans inconditionnels en dehors de l’Europe. En Australie, des millions de téléspectateurs soutiennent le Concours de l’Eurovision depuis de nombreuses années. En 2015, c’est le plus grand concours musical. En 1956, c’était une compétition qui avait lieu à Paris. Il y a eu beaucoup de changements depuis lors : les costumes, la technique et bien sûr la musique. Le Concours a fait son chemin à travers l’esprit du temps. Dans les années 60, les chansons et les costumes festifs étaient un must. En 1966, l’Autriche a gagné pour la première fois grâce à Udo Jürgens. Puis les années 70 nous ont prouvé que le concours est aussi une pépinière de talents : souvenez-vous de Brotherhood of Men, France Gall, ABBA et Sandie Shaw – cette dernière ayant créé le premier scandale pendant le Concours. Elle était bien sûr, la première à se produire sans chaussures aux pieds. Le réalisateur refusa de diffuser ça et coupa le bas de l’image. Mais il n’avait pas pris en compte un miroir qui anéantit sa tentative. Et puis les années 90 sont arrivées : plus une trace de ‘chanson’, à la place, des styles de coiffures débridés et de la Pop Musique. Des fanatiques en colère prétendaient aussi que ce n’était plus qu’un spectacle technique et que la musique avait été repoussée à l’arrière-plan. Il y a eu tellement de tumulte à propos de Guido Horn, Stefan Raab et Alf Poier, parmi d’autres. Le Concours a changé, cependant deux choses restent les mêmes : d’un côté – bien que toujours interdit – il y avait toujours de la politique à y trouver, de l’autre, il a engendré de nouvelles grandes carrières, de nombreuses fois. En particulier : Conchita.
Interview

Présentateur : Et maintenant j’accueille celle qui a pu amener le plus grand évènement musical du monde, le Concours de l’Eurovision, à Vienne. Je suis très heureux qu’elle soit avec nous ! Conchita, bonsoir !
Conchita : Bonsoir !
P : Si on regarde en arrière vers les deux dernières années de votre carrière, on a le sentiment que vous avez vécu plus de choses que certains dans toute leur vie. Croyez-vous au destin ?
C : Oh, crois-je au destin ? C’est une bonne question ! Personnellement, je me pose d’abord la question : suis-je une personne tournée vers la religion ou une personne tournée vers le spirituel ? Je crois que je suis plus tournée vers le spirituel et je crois aussi au destin s’il ne me limite pas trop. Est-ce que c’est compréhensible ?
P : Cela veut dire qu’il y a peut-être déjà une voie tracée mais que vous devez cependant faire un effort avant d’atteindre votre but.
C : Absolument ! Je crois vraiment que les buts que l’on a et les souhaits que l’on a … quand on a la volonté de les atteindre, alors ils se réaliseront certainement. Et je crois aussi que c’est bien aussi, si on rejette certains souhaits.
P : Un grand succès comme celui que vous avez, ça ne vient pas tout seul. Cela exige beaucoup de travail aussi, une grande discipline, chaque jour, ou simplement être Conchita à chaque prestation. Est-ce que cela vous convient d’être aussi disciplinée que ça ? Cela fait-il partie de votre personnalité ? Etes-vous heureuse d’être disciplinée ?
C : Je…Comment expliquer ça… Je me sens incroyablement disciplinée pour la première fois de ma vie. Mais vraiment sans – comment dire – sans avoir à faire un énorme effort, parce que je veux être aussi parfaite que possible. Je veux que tout se passe comme cela devrait. Et sous beaucoup d’aspects, ce n’était pas comme cela dans le passé. Et si on devait revenir plus loin, dans ma période d’école alors je dois admettre que je n’étais pas aussi parfaite. Ici et là j’avais quelques échecs.
P : Par exemple, en maths ?
C : Simplement dans tous les cours qui ne me convenaient pas à l’époque, euh… pour ceux-là, je trouvais de soudaines excuses.
P : J’ai lu que vous vouliez déjà être une diva quand vous étiez un très jeune enfant. Est-ce qu’être célèbre maintenant, donne la sensation que vous imaginiez à cet âge ?
C : Eh bien, parce que je ne me sens pas si célèbre que ça encore ou aussi célèbre que je voudrais l’être, pour y arriver, j’ai encore du chemin à parcourir. Euh, quelle sensation cela me donne-t-il ? Cela me donne beaucoup de plaisir de pouvoir faire ce que je fais. Et pour être franche, pouvoir payer mes factures en faisant ça, c’est vraiment agréable. Et je ne sais pas si je l’avais imaginé comme ça. En tous cas, cela me donne un très grand plaisir et me comble.
[5 :27]
P : J’ai lu que vous aviez déjà quitté la maison à 14 ans et que vous étiez pensionnaire à Graz. Et vous avez dit que plus vous étiez loin de vos parents, plus vous vous êtes rapprochés les uns des autres, et je me suis demandé si il y a un parallèle avec le concept de Conchita. Plus vous vous éloignez de Tom, plus vous vous en rapprochez, peut-être.
C : Donc, je crois que… Il y a une expression : « l’absence rend le cœur plus affectueux ». Et aussi quelque chose comme « ce qu’on n’a pas, c’est ce qu’on veut le plus ». Et peut-être… je ne sais pas si cela me rapproche plus de ma personne privée, mais en faisant ce qu’on me permet de faire, et de la façon dont on me le permet, j’apprends beaucoup sur moi-même. Euh… Je ne sais pas si ça me rapproche de ma personnalité privée mais j’en apprends beaucoup (plus) sur moi-même.
P : Vous continuez à répéter que vous n’aimez pas être considérée comme une ambassadrice de la tolérance, parce que ce qui vous importe vraiment, c’est l’acceptation. Vous sentez-vous vraiment mieux acceptée en tant que Conchita qu’en tant que Tom ?
C : (Elle réfléchit un moment) Je me sens acceptée dans toutes les situations mais je pense que cela vient du fait que je m’entoure de personnes qui ont bon caractère. Mais on atteint peut-être le point où je dis toujours que je ne me sens pas concernée par la négativité si c’est en mon pouvoir.
P : Quand Tom devient-il, en fait, Conchita ? Y-a-t-il un moment où vous pouvez le sentir ? Quand la perruque est mise, quand la robe est mise ?
C : Je crois que c’est vraiment la perruque ! Sans… comment dire…une perruque en vrais cheveux qui ne sont pas mes vrais cheveux, vous avez seulement le visage de Tom maquillé. Mais avec les cheveux, c’est autre chose et je crois aussi que ça commence à ce moment proverbial. Quand je suis Tom, je parle en dialecte autrichien, comme la plupart d’entre nous quand nous ne sommes pas devant une caméra et au travail. Mais quand je suis Conchita cela me semblerait absurde et pas naturel. Je ne fais pas ça pour avoir un avantage, ce ne serait simplement pas authentique.
P : Cela veut dire qu’il y a aussi des éléments autres que visuels, il y a aussi le langage, la façon de parler et les gestes.
C : Absolument ! Oui, très certainement ! Je bouge d’une façon différente, mais cela vient aussi du fait de porter des talons (très) hauts. Là-dessus on ne peut pas marcher aussi vite qu’avec des chaussures plates. Je crois aussi que, euh…je suis beaucoup plus patient, aussi, en tant que personne privée. Si je travaille et que je sais que j’ai une heure de pause, je pense déjà, au petit déjeuner (le matin) : « …Ah, que vais-je faire » (pendant cette pause) ? « C’a ne va pas, non ! » Et « Organisons quelque chose d’autre à faire »… Mais je crois simplement aussi, bien que ne pouvant pas m’y attendre, je peux faire tout ce que je veux et c’est pourquoi je crois que j’ai encore besoin de travailler sur ma patience (au travail).
P : Et avez-vous des conseils pour nous pour une barbe bien entretenue ? Je vous demande cela dans mon propre intérêt.
C : Non, je n’ai pas besoin de VOUS donner des conseils. C’est parfait ! Comme une pelouse anglaise ! En fait je ne fais rien sortant de l’ordinaire : je taille ma barbe et puis je me maquille le visage et je ne vois pas pourquoi je devrais m’arrêter quand j’arrive à la barbe, donc je retouche les irrégularités là aussi.
P : Comment une aussi grande carrière vous change-t-elle en fait ? Etes-vous un Tom différent de celui que vous étiez il y a deux ans, ou pensez-vous que le personnage de Conchita est si fort qu’il n’y a rien qui arrive jusqu’à Tom ?
C : Je crois que… Je souhaite me développer davantage et je me connais assez moi-même pour savoir que je me serais développée davantage même si je n’avais pas gagné. En l’occurrence, je crois fermement que l’on devient la meilleure version de soi-même à un certain moment de sa vie. Et c’est pourquoi je travaille continuellement sur moi-même, mais des choses ont changé, bien sûr. Avec chaque prestation que l’on fait, on créé une autre pierre pour l’édifice, et je crois que j’ai souvent changé d’opinion… Oui, comme on fait pour se développer davantage.
[9 :57]
P : Vous avez dit une fois que vous n’aviez jamais rien gagné jusqu’à l’Eurovision. Il y a eu « Starmania » puis « Die Grosse Chance », mais vous étiez toujours très bien quand vous félicitiez les gagnants.
C : Oui. (Elle applaudit)
P : Est-ce quelque chose que l’on…Je dirai un peu de scepticisme que vous avez en vous, sur le fait que ça peut soudain être fini et ce seront d’autres que vous devrez applaudir.
C : Bien sûr ! Mais ce n’est vraiment pas difficile. Je ne veux pas donner l’impression que j’avais une si folle envie de ça. Je voulais juste les applaudir, aussi, parce qu’ils venaient de gagner. Et puis ça m’est arrivé une fois et je pouvais à peine y croire. Le fait est que l’on pense toujours à : Que se passe-t-il si l’album n’est pas bien accueilli ? Que se passe-t-il si le livre n’a pas le succès désiré ? Que fais-je alors ? Je crois que c’est aussi quelque chose de spécifique pour un artiste. Même s’il n’y a pas vraiment de plan B, on doit toujours laisser la porte entrouverte et dire : quelque chose me viendra à l’esprit si c’est nécessaire !
P : Est-ce que Conchita est en fait le projet d’une vie ? Peut-on le voir comme ça ? Ou est-ce quelque chose auquel vous ne pensez pas du tout ?
C : Je… Comment dire, je ne me donne pas de règles. Si je n’ai plus envie de porter des talons hauts dans cinq ans, je laisserai juste tomber. J’envisage ça de façon très décontractée, mais pour l’instant cela me donne beaucoup de plaisir ; et j’ai aussi remarqué le développement de Conchita dans de petits riens, comme l’aspect visuel, on n’a pas encore fini. Et il y encore beaucoup d’idées en sommeil dans ma tête qui doivent trouver la sortie !
[11 :42]
P : Si il y des critiques sur vous, ou votre musique, ou le concept de ‘Conchita’, vous répétez que vous ne vous préoccupez pas de ça, que cela ne vous intéresse pas. Est-ce que ça vous isole un peu parce que vous avez probablement érigé un mur autour de vous ?
C : Euh… Isolation… Peut-être, mais j’appellerais plutôt ça une bulle rouge rosé.
P : Cela veut dire que votre mur est rouge rosé ?
C : Comment dire… J’ai simplement décidé pour moi-même que je ne me préoccuperais que des choses qui font avancer ma carrière. Et la négativité entre rarement en jeu. Si j’ai une bonne réaction de ma coach vocale ou de gens qui m’apportent quelque chose, simplement parce qu’ils savent faire quelque chose mieux que moi, alors j’adopterai leur conseil. Mais la négativité ordinaire dans le sens de… Comment dire…commentaires désagréables, alors…(Elle fait un mouvement de la main : ça ne m’intéresse pas)
P : Mais j’ai l’impression que vous n’avez même pas besoin de critique extérieure, parce que vous avez déjà suffisamment d’autocritique.
C : Oui… C’était une réponse courte (Ils rient tous les deux), mais effectivement, à 98%, je ne suis pas satisfaite de moi-même. Ce qui me stimule pour travailler encore davantage.
P : C’est plutôt beaucoup, 98%.
C : C’est vraiment beaucoup ! Et quelque fois, c’est aussi un peu lassant si on ne peut pas faire son propre éloge. Mais il y a aussi des moments où on se dit : «’Oui, tu as très bien répété !’ Et aussi quand on peut se dire, debout sur scène : ‘Oui, ça a bien marché !’
P : Ce qui m’intéresse est ceci : vous venez d’avoir 27 ans, quel âge a Conchita, exactement ?
C : Je n’ai jamais pensé à ça. Mais en fait, juste le même âge que moi. Je fais toujours cette expérience quand les gens me demande mon âge et que je réponds 27 ans, leur réaction est toujours : Vraiment ? Je pensais que vous étiez plus âgée.
P : Mais ça peut être un compliment dans la plupart des cas…
C : Je ne sais pas. Je pense aussi qu’ils le disent comme un compliment ou qu’ils… Je n’en ai aucune idée…
P : Une certaine maturité, une certaine façon d’agir, peut-être…
C : Appelons-ça comme ça !
P : Vous venez de sortir votre premier album. Vous avez publié un livre et maintenant vous publiez aussi un grand livre de photos, un très grand livre de photos.
[14 :15]
C : Oui, j’aime les livres de photos. Dans ma biographie, qui, si je suis franche n’a pas été un coup de foudre, j’ai déjà mis beaucoup de photos, simplement parce que je suis quelqu’un de très visuel. Et je voulais que ce livre soit un livre que j’aurais envie d’acheter moi-même. Malgré mes doutes, je dois dire que je suis contente de ne pas résister aux bons conseils et que je me sois engagée dans ce projet, parce que, depuis, le livre a été traduit en sept langues. J’en suis très fière et je suis aussi très contente du livre de photos, parce que c’était un projet qui me tenait à cœur.
P : Et j’ai lu qu’il y avait un changement : vous écrivez vous chansons en partie vous-même, est-ce vrai ?
C : Oui, j’écris moi-même. J’ose encore à peine dire à quiconque que ce sont mes chansons, parce qu’en ce moment, j’écris seulement des chansons mais je ne sais pas si elles sont assez bonnes pour être mises sur un album. Mais cela me plait et cela me fait avancer !
P : Puisque nous sommes maintenant proches de la nouvelle année. Quelles bonnes résolutions avez-vous ?
C : En fait, je ne prends jamais de bonnes résolutions, parce que quand je…
P : Arrêter de fumer ?
C : Je ne fume pas, c’est pourquoi… Je devrais manger plus sainement ! C’est quelque chose auquel je devrais déjà faire attention. Parce que quand vous avez des horaires de travail aussi irréguliers, c’est en général de la nourriture pas très saine et ce serait quelque chose à améliorer !
P : Cela veut dire moins de fast food et plus de légumes et de fruits.
C : Oui.
P : Chère Conchita, je vous remercie pour cette conversation et vous souhaite encore plus de succès !
C : Merci. Merci beaucoup !

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