Traduction de l’interview de Conchita Wurst par Barbara Stöckl le 23 04 15

https://youtu.be/9OIJ4QHQlcA

TRADUCTION FRANCAISE (par JocelynePeltier) de l’interview de Conchita Wurst et Hape Kerkeling à l’émission de Barbara Stöckl du 23 04 2015.
Barbara Stöckl: Bonsoir mesdames et messieurs et bienvenue dans notre édition spéciale, ce soir, parce que ce soir, deux de nos personnalités les plus rayonnantes du monde du spectacle, se sont installées à cette table.
Depuis sa victoire à l’Eurovision, l’année dernière, Conchita n’est plus « wurst » (sans importance) pour tout le monde en Europe. La « Dame Barbue » enchante par son intelligence, la façon élégante dont elle se présente et un message clair en faveur de l’égalité et de l’acceptation. Revoir le cours de l’année passée, c’est comme lire un conte de fée.
Depuis 30 ans, Hape kerkeling est l’artiste de télévision le plus polyvalent, mais avec aussi une inclination à être sérieux et un auteur à succès. Son livre s’est vendu à des millions d’exemplaires. Beaucoup de ses sketches, de ses personnages de scène et de ses prestations sont devenus cultes.
Ses apparitions en tant que Reine Beatrix et Horst Schlammer sont inoubliables. Cet homme de 50 ans est un fan déclaré du Concours de l’eurovision et malgré son absence voulue du petit écran, il n’a pas voulu manquer l’occasion de rencontrer Conchita Wurst.
Contente de vous avoir ici, Hape. Bienvenue, Conchita.
Hape, que trouvez-vous d’intéressant chez cette femme, ou peut-être cet homme dans des vêtements de femme ? Que savez-vous d’elle, quelle information avez-vous eue par les média, amis ou collègues ?
Hape : Eh bien, avant que Conchita ait cette formidable victoire l’année dernière, je n’en savais qu’un petit peu, mais en Allemagne, on en entendait pas beaucoup à son sujet. Et puis, elle a donné cette superbe interprétation, il y avait une artiste incroyable sur la scène qui m’a laissé sans voix…
Et j’étais assis… je ne sais pas…oui…pleurant de joie devant la télévision aussi bien à la demi-finale qu’à la finale… et j’ai pensé « Si elle ne gagne pas !… alors je perdrai tout ce que je crois à propos de cet évènement ! Elle était la MEILLEURE. Et puis ce rêve est devenu réalité.
B : Mais vous avez écrit sur elle avant ? Vous avez attiré l’attention des gens sur elle ?
H : Oui, parce que je pensais que la chanson était formidable. Mais on ne savait pas ce que serait l’interprétation. EN DIRECT devant des centaines de millions de gens…
Vos nerfs peuvent vous jouer des tours…même si vous répétez de façon professionnelle une centaine de fois. Mais cette interprétation était époustouflante. Et c’est pourquoi l’ARTISTE me fascine.
B : Hm, Conchita. Vous avez dit qu’une rencontre avec Hape… ce serait le TOP. Pourquoi ? Que représente-t-il ? Que savez-vous de lui ? Qu’est-ce qui vous intéresse chez lui ?
Conchita : D’une part…nous en avons parlé brièvement avant… dans mon cercle d’amis, nous avons passé de longues soirées à faire des parodies de tous ses personnages de scène et aussi à jouer devant d’autres…personnes qui ne savaient pas d’où cela venait et ils pensaient que nous étions les jeunes les plus amusants du monde entier.
Hm…Je suis complètement amoureuse… une incroyable source d’inspiration…J’absorbe tout ce que je lis, vois ou entends à propos de vous et…audacieuse comme je suis, j’ai dit à mon manager « JE VEUX », je serais heureuse de pouvoir vous rencontrer…merci beaucoup que ça ait pu se produire aujourd’hui.
H : Je dois vous remercier.
B : Oh… Deux personnes qui s’aiment !! Où cela va-t-il conduire dans l’heure qui vient ??!!
H : Oui, c’est ça ! On dit que ça arrive encore dans le monde… que des gens s’aiment bien… et Barbara …nous vous aimons aussi !
B : C’est vraiment gentil… vous ne savez pas comme on se sent bien.
Conchita… Hape a parlé de votre interprétation. Et pendant l’année passée, vous l’avez probablement vue des centaines de fois qui ont dû sembler un millier. C’était quelque chose qui s’appelle un « moment magique » et une année plus tard on a encore la chair de poule. Jetons un coup d’œil.
Avant le concours, il y a eu beaucoup de critiques, aussi bien en Autriche que dans d’autres pays et puis…
Cette formidable, cette incroyable victoire avec un grand écart de points. A quel degré en étiez-vous consciente ? Comment le voyez-vous maintenant ?
C : Oui, c’est un fait, j’ai vu cette prestation des centaines de fois, quelque fois volontairement, quelque fois parce que j’ai été invitée à tant de shows télévisés, comme ici, et il y avait les clips.
Je n’en ai aucun souvenir à travers mes propres yeux. Tout ce que je sais de ce moment, je l’ai construit artificiellement à partir de ces clips vidéo et des enregistrements.
Je sais que j’étais incroyablement heureuse et je le suis toujours mais je ne pouvais pas appréhender convenablement ce qui se passait à ce moment-là. C’est la dernière chose que vous faites dans une situation comme celle-là- commencer à compter !
Et puis soudain, la pluie dorée est tombée sur moi et j’ai pensé : « Non, non, non, non, NON ! Il y a encore d’autres pays à passer ! Pouvez-vous arrêter, s’il vous plait ! »
J’étais complètement obsédée par le tableau d’affichage des points et jusqu’au dernier pays j’ai dit « s’il vous plait, s’il vous plait… si quelque chose… s’il vous plait, s’il vous plait !! » C’était absurde. Cela je le sais, mais depuis ce moment… je suis heureuse que…
B : Comme une transe, un rêve.
C : Oui.
B : Où l’avez-vous regardé, Hape ? A une fête ?
H : A la maison. Sur le canapé. En privé avec ma famille. Et je m’étais préparé à une soirée formidable devant la télévision, mais pas à un évènement historique ! Donc, c’est arrivé comme une vraie surprise, assis devant la télévision. A mes yeux, c’était un évènement historique.
B : Pourquoi ?
H : D’abord à cause de la prestation artistique. C’était une interprétation dont on se souviendra certainement… comme la victoire d’Abba ou de Céline Dion.
Parce que c’était, artistiquement… et je tiens à le répéter… si formidable. Et d’un autre côté, bien sûr, c’était aussi très significatif pour les droits de l’homme, bien que ça ne l’ait été qu’après que Conchita ait gagné…
Qu’alors, c’est devenu plus évident… Donc historique pour deux raisons.
B : Vous avez eu une année incroyable, assez pour vous donner le vertige. La Haute Couture avec jean Paul Gaultier, la séance photo avec Karl Lagarfeld, vous avez chanté devant le Parlement européen à Bruxelles,
Vous avez rencontré le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, vous vous êtes produite au Crazy Horse à Paris, vous avez doublé la voix d’une chouette dans un dessin animé, vous avez fait de la publicité pour une banque, les Golden Globes à Los Angeles… vous êtes Citoyenne d’Honneur de Bad Mitterndorf…trois Amadeus Awards.
Conchita, avez-vous encore peur que ce moment puisse avoir été un rêve, que tout pourrait s’arrêter ?
C : Hm…Je dois faire la distinction. J’ai eu cette peur que ce soit un rêve pendant quelques semaines après. J’ai pensé que j’allais me réveiller, que ce n’était qu’un rêve et que je serais très, très triste. Je n’ai pas peur que ça s’arrête.
Je crois que ça dépend un peu de vous, la façon dont vous voulez continuer. Auparavant je disais, et ensuite, encore plus fort, « Tu peux gagner le Concours et que rien ne se produise. » Tu dois travailler dur et c’est ce que je vais faire.
Je crois que dans le spectacle vous devez avoir l’énergie de distraire les gens en vous renouvelant et vous réinventer jusqu’à un certain point- et suivre les tendances du moment.
Je crois que de nos jours, même Madonna sera assise à la maison en souhaitant que sa place au hit-parade soit meilleure… peut-être à une plus grande échelle… mais elle tremblera aussi et se demandera comment les choses vont tourner.
Comme je l’ai dit, j’ai eu l’opportunité d’ouvrir une porte et je travaille très dur pour ne pas avoir à revenir en arrière.
B : Y at-t-il eu des moments, pendant que je lisais le commentaire, où vous avez pensé « j’aimerais avoir participé à ça » Le Secrétaire général des nations unies ? Se produire au Crazy Horse ?
H : J’aurais aimé le voir. Je n’aurais pas aimé en faire l’expérience. Cela convient mieux à Conchita, une Super Diva ! Et tout cela est très prometteur et j’espère – bien que nous ne devions pas tenter la providence- que tout va se dérouler très bien pour Conchita.
J’ai vu quelques prestations, comme celle que vous avez faite à la BBC. C’était SI bon que les gens auraient pu se mettre à genoux devant vous. Mais, ok… vous le savez vous-même.
B : Presqu’exactement il y a un an, vous étiez assise à cette table et je me souviens que c’était un moment difficile avant le concours. Beaucoup de choses se passaient, avec la tension qui précède : les interviews, les séances photo etc. etc.
A ce moment-là et après aussi, quand vous aviez tellement de choses à faire. Et c’est ce qui me fascine. A chaque moment, vous disiez « c’est incroyablement éprouvant, mais génial ! C’est exactement ce que je voulais. » Il y avait tellement de plaisir à le faire. Est-ce que c’est toujours la même chose après un an ?
C : Oui, encore. Les gens demandent toujours « n’êtes-vous pas fatiguée ? Comment faites-vous ? » Mais dans cette situation, comment pourrais-je ne PAS être heureuse ? Je fais tellement de choses passionnantes et en fait chaque jour est comme mon anniversaire ou Noël.
Quand je vais à mon bureau et que quelqu’un de cette merveilleuse équipe me dit « Nous avons cette demande. Voudrais-tu faire ceci ou cela ? »
Et c’est inconcevable… Comment pourrais ne PAS le faire ? Je suis si motivée et je suis si heureuse de pouvoir faire ça. Et je le prends au sérieux et j’accepte avec humilité.
B : Comment décidez-vous ? J’ai entendu dire qu’il y a 2000 demandes qui attendent dans votre bureau. Seront-elles toutes examinées ? Comment décidez-vous ce que vous allez choisir ou pas ?
C : Beaucoup d’instinct. Avant de gagner, je faisais aussi beaucoup de choses pour les essayer, pour voir ce qui va à ce personnage, ce qui me convient… bien que, se trouver soi-même est la tâche de toute une vie.
J’ai pu éliminer beaucoup de choses. J’ai fait un peu de télé réalité mais je ne suis vraiment pas taillée pour ça… je suis beaucoup trop ennuyeuse.
Et cela bloque… comment dire. J’ai éliminé complètement ce genre des demandes d’interviews parce que je ne peux rien offrir.
Je ne pouvais pas le faire sans me déformer moi-même. On ne peut pas tromper le public. Donc, en fin de compte, c’est à 90% une question d’instinct.
B : Il y a quelque chose que vous avez en commun quand on regarde vos vies. Et cela remonte à votre enfance, un désire très précoce, très fort, de devenir célèbre. Conchita a dit qu’on doit vraiment le vouloir, que cela arrive rarement comme ça. Quand l’avez-vous voulu, et que vouliez-vous ?
H : Je l’ai voulu très tôt. Je le voulais aussi… C’est en fait similaire…Je devais avoir 10 ou 11 ans. J’avais une vision très clair, qu’un jour je descendrais des marches et je dirais « Bonsoir aux spectateurs en Allemagne, Autriche et Suisse. » La vision n’était pas beaucoup plus que ça. A à un certain moment, c’est devenu réalité.
Et je pense que ce que je croyais si fort quand j’étais enfant s’est prolongé dans l’âge adulte et a permis que ce rêve devienne réalité. C’est pourquoi je peux comprendre ce que vous ressentez quand vous dites que chaque jour est magnifique, chaque jour est comme un anniversaire, je le savoure. Si c’est ce que vous vouliez, c’est aussi profondément satisfaisant. Mais, par exemple, je n’ai pas de réelle explication sur POURQUOI je le voulais. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous vouliez ça ?
C : Non. Rétrospectivement, j’aime toujours dire que je voyais ma vie comme une comédie musicale.
H : Super, oui. Si j’avais voulu formuler quelque chose à dire… J’aurais dit ça aussi !
C : Oui, c’était exactement comme ça ! Même maintenant, je crie de joie vers le ciel… Mais je peux aussi me sentir triste à mourir – et j’ai besoin de la musique pout tout. Je peux être très contente des choses que je fais pour moi-même, seule et puis quand je suis triste… alors je mets Barbra Streisand.
Je suis assise devant la fenêtre battue par la pluie et je regarde fixement au loin. Je me délecte de ça et je le célèbre comme je l’ai toujours, toujours fait. Et puis il y a eu un moment où je me suis rendu compte que je pouvais gagner ma vie avec ça.
H : C’est un moment formidable, quand vous pensez… Hé ! C’est un travail !
B : Est-ce qu’être célèbre, avec tous ses différents aspects, ressemble vraiment à ce que vous imaginiez quand vous étiez enfant ? Ou y-a-t-il des occasions où vous pensez « Si j’avais su ça, je m’en serais pas donné la peine. »
H : Est-ce que ça ressemble à ce que vous imaginiez ? Si vous traversez un supermarché, il peut arriver que quelqu’un vous tape sur l’épaule par derrière et dise « Hape…Génial ! » Ce n’est PAS ce que j’avais imaginé. J’imaginais plutôt « Monsieur Kerkeling, ce que vous faites est très bien ! » Mais l’autre façon est bien aussi.
B : Combien de selfies avez-vous prises cette année ?
C : Je n’en ai aucune idée. Mais j’aime prendre des selfies. Et pour la simple raison que je peux contrôler de quoi j’ai l’air. Et c’est pourquoi… Bien sûr d’autres photos sont prises aussi…
B : Grâce à Conchita, le Concours de la Chanson 2015 aura lieu à Vienne le 23 mai, dans le Stadthalle avec le slogan « Construire des ponts » pour tout le spectacle. Conchita présentera la « Green Room ».
Hape, cela vous intéresserait-il de présenter le Concours de la Chanson… vous parlez cinq langues, ou de vous produire comme chanteur… y avez-vous déjà pensé ?
H : Il y a 10, 15 ans, j’aurais pu l’envisager, mais maintenant je ne suis plus dans ce groupe. Non, j’aime en faire des parodies et des plaisanteries mais, vraiment le présenter ? Non.
B : Dans votre show « Tout à Fait Normal », dans les années 80 vous faisiez une parodie sur le vote, quand les points étaient donnés, et nous allons regarder un clip.
*Nous appelons le jury suivant… J’appelle Vienne.
(Geste autrichien pour envoyer un baiser avec la main) Voici les résultats du jury autrichien. Grande Bretagne -12 points, s’il vous plait.
Angleterre 12 points, Royaume Uni 12 points
Allemagne – OK, on va dire comme toujours…
Qu’est-ce que vous voulez dire par « comme toujours » ?
EH bien, comme toujours – rien.
On appelle le dernier jury à Munich. Allons, les gars ! Vos points.
Aucuns points pour personne ! Pas un seul point pour une telle idiotie !
B : Conchita, vous allez être dans la « Green Room ». Vous avez eu les 12 points treize fois. Une chose fabuleuse. Mais comment se sent-on ? Parlez-nous de ces moments si intenses.
C : Pas bien, pour être franche, pas bien du tout. Quand j’ai été en haut du classement pour la première fois, j’ai dit à toute mon équipe « Sortez vos téléphones et prenez des photos, parce que, d’abord ça va changer très vite et ensuite, depuis plus de 40 ans l’Autriche n’a pas été numéro 1. »
Et puis, c’est resté comme ça !? Je ne me souviens pas si je suis redescendue, mais ça n’a aucune importance. Mais, encore et encore, avec chaque pays – cette excitation !
Ok, et si je n’ai aucun point ? Et si je n’ai aucun point ?! Je ne sais pas pourquoi vous pensez ça, pourquoi vous avez si peur de ça…
B : Un peu comme dans un abattoir, non ?
C : Oui et la même chose toutes les quelques secondes, en fait, parce que ces interventions sont très courtes et tout recommence à nouveau. Et il y a « Oui ! 12 points ! » Et encore… le pays suivant ! C’a ressemblait à ça.
H : Qui était votre préféré ? Cela m’intéresserait. Sans tenir compte du fait que vous espériez gagner, bien sûr. Mais qui pensez-vous, aurait pu gagner ?
C : Je n’ai pas un goût grand public. Je pensais que Ruth Lorenzo serait en tête avec sa ballade « dancing In The Rain ».
H : Qui était-ce ? L’Espagne ?
C : Exactement, l’Espagne. Très beau aussi « Undo » de Suède… et elle est en fait arrivée troisième, elle était très populaire.
Je dois dire, que je ne serai jamais un manager de A&R, parce que je ne pensais pas que « Calm After The Storm » atteindrait le sommet, mais j’adore cette chanson – elle est arrivée seconde.
B : Voici les experts du Concours de la Chanson. Vous avez dit que l’Autriche n’avait pas été première depuis 40 ans. Mais nous nous souvenons de cette fois avec Udo Jürgens et « Merci Chérie » dans les années 60. Et pendant la plus grande partie de sa vie il a essayé de se débarrasser de cette image du Concours de la Chanson – le seul et unique gagnant autrichien du Concours de la Chanson.
Il y avait un projet où il jouerait un rôle dans le Concours 2015 avec vous. Malheureusement, cela n’aura pas lieu. Combien est-il regretté ? Vous a-t-il félicitée ? Avez-vous pu le connaître ?
C : Malheureusement je n’ai pas eu l’honneur de le rencontrer et je n’ai pas eu de contact personnel, ni correspondance, ni rien. J’ai seulement vu, une fois, une interview où il me félicitait ce qui m’a touchée et m’a fait très plaisir.
J’aurais VRAIMENT adoré me tenir sur la même scène que lui, mais malheureusement cela ne s’est jamais produit.
B : Hape – Udo Jürgens a aussi joué un grand rôle dans votre carrière. Bien sûr vous l’avez rencontré plusieurs fois professionnellement, mais aussi dans une situation très spéciale, quand vous avez fait votre « coming out » grâce à Rosa von Praunheim. Je crois que c’était aux Bambi Awards ou aux Goldene Kamera Awards ?
H : Aux Bambi Awards. Le jour où j’ai fait mon coming out, par l’intermédiaire de Rosa von Praunheim. Je ne sais pas si c’est très connu en Autriche, mais Rosa von Praunheim était un militant en Allemagne, qui s’assurait que l’on donnait aux homosexuels une tribune à la télévision afin que l’on puisse en parler.
Ce jour où j’ai fait mon coming out… c’est-à-dire –il était écrit dans les journaux « Hape kerkering est gay ». Ce jour-là, j’ai reçu mon Bambi Award et c’était un peu comme braver Wiesbaden… beaucoup de collègues…hmmm… essayaient de m’éviter…
« Dois-je lui serrer la main ? Dois-je être sur une photo avec lui ? » Et puis Udo Jürgens a traversé la foule et est venu vers moi, comme ça et a dit « Allons, Hape, tenez-vous à côté de moi, laissons-les prendre quelques photos, on ne va prendre tout ça trop au sérieux et on va traverser tout ça.
Je suis monté sur scène, on m’a donné le Bambi. Et je n’oublierai jamais – comment il m’a regardé droit dans les yeux comme pour dire « Nous sommes au-dessus de tout ça, finissons-en, ça ne nous intéresse pas, laissons-les parler. » Je n’oublierai jamais ça à son sujet.
B : La grande sympathie que vous avez l’un pour l’autre depuis le début de cette émission, presque comme être amoureux, je vais juste dire être amoureux. Oui, juste pour lancer des rumeurs.
H : S’il vous plait.
B : Quel rôle cela joue-t-il que vous soyez tous les deux gays ? Comment explique-t-on la grande sympathie entre les membres de la communauté gay ? La grande proximité. Est-ce seulement l’expérience partagée de la pression intérieure et extérieure ? Pourquoi y-a-t-il cette immense solidarité dans ce milieu ? Conchita, comment voyez-vous ça ?
C : Je crois que c’est un peu une image romancée.
H : Je crois aussi.
C : Je crois qu’il est important de savoir que l’orientation sexuelle ne forge pas le caractère de quelqu’un. Je crois qu’il y a un sens de la solidarité mais que cela semble si fort vient du fait que c’est une minorité, et ils doivent juste être un peu plus forts que beaucoup d’autres.
Mais, si la solidarité… j’ai reçu des critiques de la part de toutes les orientations sexuelles. Donc, je ne suis pas sure… les gens ne sympathisent pas avec moi à cause de leur sexualité.
B : Vous, ou plutôt votre alter ego Tom Neuwirth, avez fait cotre coming out à l’époque de Starmania, quand vous êtes devenue une personne connue du grand public. Vous étiez dans cette situation : vous venez de la campagne, de Bad Mitterndorf où il y a encore un grand tabou pour un jeune de faire son coming out.
Je peux imaginer que c’est comme ça pour beaucoup maintenant aussi. Est-ce que Conchita les aide, ou est-ce maintenant encore un obstacle plus grand quand ils sont dans votre situation ? Recevez-vous beaucoup de lettres, beaucoup de mails ?
C : Eh bien, de nos jours avec les réseaux sociaux, l’échange d’informations et d’opinions est très rapide. Je n’oserais pas dire que j’aide quiconque. Mais c’est renversant de savoir que d’une façon ou d’une autre je suis une inspiration pour certaines personnes.
Mais c’est tout à fait incompréhensible pour moi, parce qu’au bout du compte, je suis seulement moi-même, et c’est juste ma perception subjective. Ce n’est pas, et de loin, la recette pour ‘comment faire’.
ET donc… Oui, je reçois des lettres de gens qui d’une façon ou d’une autre me sont reconnaissants. Qui, par ma victoire ont trouvé le courage, ou la motivation pour dire :
« Maintenant je vais vivre ma vie comme j’en ai envie. » Mais ils y en a encore beaucoup qui me font part de leur opinion sans que je l’ai demandée.
B : Hape, vous êtes-vous jamais demandé : « Que ce serait-il passé si on ne m’avait pas fait faire mon coming out ? »
H : Je l’aurais sans doute fait de moi-même à un moment donné, quand ça aurait semblé avoir un sens de la faire. Mais Conchita est pour moi, et après ce que vous venez de dire, la preuve vivante que quelqu’un qui endosse un personnage artistique, doit savoir très précisément qui il/elle est lui-même/elle-même, et ce qui le/la définit et ce qu’il/elle représente.
Et je crois que c’est ce que les gens ressentent et ce qui les fascine, qu’il y a un être humain qui sait qui il/elle est, et donc ne dit rien de truqué. Et c’est ce qui parle aux gens, et probablement aussi, ce qui passe si bien dans la communauté gay.
C : Je me demande à propos de ça parce que j’ai récemment parlé à quelqu’un…j’ai aussi des amis qui se travestissent et beaucoup, y compris moi,
disent qu’après l’avoir fait régulièrement pendant un certain temps, notre personnage artistique en dit plus sur nous-mêmes et nous a rapprochés de nous-mêmes. Seriez-vous d’accord avec ça ?
H : Absolument. Je ne l’ai pas fait autant que vous, mais je jouais un personnage artistique comme ça, Uschi Blum, et j’ai appris beaucoup sur moi-même. Cela testait mes limites et ma tolérance.
Qu’est-ce que je tolère vraiment et quand fais-je seulement semblant ? C’est ce que j’ai appris à travers ce personnage artistique.
B : A propos de tolérance et où nous en sommes vraiment : Profil (magazine autrichien) vous a couronnés, vous et Vladimir Poutine du titre de « personne de l’année », l’année dernière, et l’explication était :
Conchita n’est ni une politicienne ni une sainte mais elle est devenue le symbole du fait que la tolérance, dans certaines circonstances peut être votée par une majorité. »
Pensez-vous que nous avons avancé au cours de l’année dernière, beaucoup de tout ça est-il juste une pseudo tolérance ?
C : Absolument ! Je suis convaincue que j’ai poussé beaucoup de gens à montrer une fausse tolérance mais je crois quand même que c’est un pas dans la bonne direction.
Je pense que le mot « tolérance » est devenu un peu usé dernièrement, cependant, parce que, comme je l’ai dit avant, je ne veux pas être tolérée. Je ne veux pas que les gens disent « Oh, c’est ok, » non !
Je veux être acceptée comme je suis ! Et nous voulons tous cela, en fin de compte. Et je crois que beaucoup de gens l’oublient.
Quel que soit votre point de vue, que vous soyez conservateur ou pensiez de façon plus libérale, en fin de compte, nous voulons tous la même chose. Et beaucoup de gens l’oublient.
Quel que soit mon point de vue, je veux être acceptée. Et on doit aussi accepter. On l’oublie souvent. Nous en sommes arrivés au point où ça devient progressivement mieux.
Mais tant que nous n’avons pas atteint le point où on n’a plus à penser à « Devrais-je faire mon coming out ou pas » ? Ou « Est-ce que la couleur de ma peau dans cet environnement est un obstacle que je dois surmonter ? » Je ne parle pas d’une société où l’égalité absolue et une conduite respectueuse règnent.
B : Mais où en sommes-nous ? En Allemagne, c’est une femme qui est chancelière et peut-être que le Président américain sera bientôt une femme. Est-ce qu’un chancelier gay, un président gay ou une présidente lesbienne pourrait être possible ?
H : Même les femmes en Allemagne n’ont pas des droits égaux. Les femmes sont toujours moins payées que les hommes en général. Je crois que quelqu’un de gay serait possible, comme chancelier ou dans d’autres fonctions.
Mais je crois que vous l’avez dit une fois, ce n’est pas une question politique. Et je n’aime plus le mot tolérance, non plus. C’est une question d’égalité. Tous les gens sont égaux et ont été dotés des mêmes droits par leur créateur. C’est ce que je crois personnellement. Et aucune majorité ne peut enlever ces droits à certains individus.
Mais, en Allemagne et en Autriche, nous vivons encore dans une situation où on retire ces droits à certains individus et on leur dit : « Non, vous ne pouvez pas faire ça. » Et cela sans aucune explication valable. Quelle est l’explication ? C’est déplorable.
Et j’espère que dans une centaine d’années, on se souviendra que c’est un grand mouvement pour les droits de l’homme qui s’est assuré que vraiment, tous les gens sont devenus égaux. Je suis peut-être idéaliste ou romantique, mais quand on ne croit plus à ça, à quoi peut-on croire ?
B : Vous écrivez dans votre livre : je ne suis pas gay, mais depuis que je suis capable de penser, j’ai toujours pensé ‘gayment’. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Si seulement je savais. Je ne sais pas comment c’est que d’être hétérosexuel. Je pourrais faire semblant de le savoir, mais je ne le fais pas. C’est pourquoi je pense ‘gayment’. Et pour moi, une partie de penser ‘gayment’ est par exemple de ne pas pouvoir comprendre comment quiconque peut voir Conchita comme une provocation.
Un bel être humain, une belle femme et un bel homme en même temps. Je pense que cela effraye les gens. Ils ne peuvent pas le supporter et donc, cela leur fait peur. Cela ne me fait pas peur et je ne comprends pas pourquoi ça effraye les autres.
B : Après la victoire, tout le monde vous aimait. Dont beaucoup vous avaient critiquée avant. Certains politiciens ont félicité Conchita Wurst, et il y en a eu d’autres, surtout des conservateurs, qui ont félicité Tom Neuwirth. Je crois que vous avez compris clairement leur message. Comment l’avez-vous perçu ?
C : Bien sûr, j’ai compris leur message. D’abord, j’en ai été heureuse, et ensuite j’ai pensé combien ça a dû leur coûter de faire cette gentille déclaration… Mais, en gros, je l’accepte comme ça.

Une fois, dans une émission italienne, le présentateur m’a appelée « Tom », mais dans ces circonstances, je ne m’en suis pas vraiment rendu compte. Je ne m’en suis aperçue que plus tard quand j’ai regardé l’émission, parce qu’il faut toujours que j’analyse mon interprétation, qu’il avait vraiment dit « Tom ».
Et les fans italiens, surtout, l’ont critiqué très sévèrement. Et puis, il s’est excusé auprès de moi, ce que je n’avais pas demandé. Mais, c’est quelque chose qui m’offense, parce que nous, les artistes drag, et les artistes qui créons des personnages en général, nous y mettons beaucoup d’attention et travaillons dur pour perfectionner nos personnages.
Et la façon la plus simple de nous montrer du respect et de s’adresser à nous avec le nom que nous nous sommes donné et de nous voir comme nous avons créés ces personnages.
B : Cependant, on doit dire, au début du personnage de Conchita, la biographie était très présente.
C : Oui.
B : La mère originaire des hautes terres de Colombie qui avait épousé un directeur de théâtre allemand, etc. J’ai l’impression que ça s’est perdu ou peut-être effrité un peu, cette biographie. C’est comme si Conchita a honte de ses origines depuis qu’elle est célèbre !
C : Mm…ça continue un peu, ce que j’ai dit avant. Au début, bien que pensant : « Maintenant je suis ce que j’ai toujours voulu être et je ne vais me laisser fléchir par personne », j’ai pensé, pour être franche : « D’accord, maintenant nous sommes une drag-queen et on attend certaines choses de la part des drag-queens »
J’ai créé Conchita beaucoup plus tapageuse. Elle était incroyablement agaçante. Avait ce conte de fée sur son passé. Et au début, c’était TRES amusant de dire : « Je ne sais pas du tout de quel Monsieur Neuwirth vous voulez parler. Cela m’est complètement étranger et aussi, je ne le connais pas. »
C’était amusant au début, mais en cours de route, j’ai simplement senti que ce n’était pas moi. Ce n’était pas moi. Je ne suis pas tapageuse et extravertie, même si je voudrais souvent l’être.
Mais cette sorte d’humour n’était pas très efficace et en fin de compte c’était fatiguant. Je le vois maintenant quand je regarde des photos de cette époque.
Et dans ce processus d’être un personnage artistique, j’ai su, de plus en plus, ce que je veux et ce que je ne veux pas, ou ce que je suis capable de faire ou non. Et donc, cette histoire colombienne existe encore dans ma tête, mais je ne l’ai pas…
B : Elaborée.
C : Exactement.
B : Mais, parlons de quelque chose que j’ai remarqué, j’ai le sentiment que – à côté de la communauté gay dont nous avons déjà parlé – beaucoup de femmes d’un certain âge sont complètement fascinées par Conchita. Enfin, d’un certain âge – ce qu’on appelle les 50+, vous savez, des femmes dans la fleur de l’âge. Pouvez-vous comprendre ça ou l’expliquer ?
H : D’abord, c’est un signe fort, si c’est ainsi, parce que c’est le groupe qui dans la société forme les opinions, et je crois que les femmes, dans une société, sont fondamentalement responsables de l’opinion publique.
Et donc, c’est un bon signe pour moi, et cela montre aussi l’instinct maternel que Conchita déclenche, mais probablement, pas seulement ça.
B : Avez-vous une idée sur la raison de cela, peut-être à cause de votre apparence, peut-être ?
C : Je crois que c’est en partie dû au fait que c’est une sorte de reflet, parce que je me sens toujours attirée par les femmes plus âgées. Je les aime toutes : Céline Dion, Barbra Streisand, Carmen Dell’Orefice – les plus anciens top-models du monde.
Pour moi, c’est une telle inspiration et je crois aussi que cela vient en partie de l’émancipation, toutes ces femmes, toutes ces biographies, sont formées par le fait qu’elles ont réussi dans un monde dominé par les hommes, et je pense, que d’une certaine façon cela se reflète.
Je suis une personne très ouverte et je vais, très naturellement, vers les femmes d’un certain âge. Et nous pourrions passez la soirée la plus amusante de toutes !
B : C’est une partie du personnage de Conchita : un style très élaboré, et vous avez vraiment montré un large éventail d’apparence cette année et vous en avez joué, aussi. Toujours caractérisé par une grande capacité à souffrir, toujours les talons les plus hauts, les corsages les plus serrés, les cils les plus longs. Pourquoi cette volonté de souffrir ? Est-ce que ça ne fait pas vraiment extrêmement mal, quelque fois ?
C : Eh bien, c’est totalement romantique. Je le fais depuis que je suis toute petite. Pourquoi l’histoire de l’Impératrice Sissi fascine-t-elle des millions de gens ?
Pourquoi aime-t-on entendre dire comment elle pleurait quand elle perdait ses cheveux, et comment son corsage était cousu encore plus serré ?
Parce que, simplement, c’est une idée romantique, un goût du morbide. Et j’aime la mélancolie, de toute façon, et je pense que c’est la raison pour laquelle je le fais, parce que cela me comble, d’une certaine manière.
Parce que, littéralement, quand je me glisse dans un corset, je sais quelle liberté de mouvement j’ai. Comment je m’assoie ? Comment je me présente ?
Au bout du compte, tout ça est très égoïste, parce que je le fais, d’abord, parce que ça me plait. Et bien sûr quand je regarde des vidéos de moi, cela me fait plaisir que je me tienne droite, que mes cheveux soient jolis, des choses banales.
B : Mais à un moment, les talons hauts font vraiment mal !
C : Oui, mais plus ils sont hauts, plus ils sont beaux. Très simple.
H : Et cela réussi : au début de l’année, j’étais en vacances en Afrique du Sud. Et j’étais assis là avec quelques sud-africains et la conversation est venue sur le thème des monarchies européennes, quelles monarchies européennes ils connaissent en Afrique du Sud :
Il y avait l’Angleterre, le Danemark, les Pays-Bas. Et puis une dame âgée a dit : « L’Autriche. L’Autriche est une monarchie maintenant, ils ont bien une Impératrice, après tout. »
B : Est-ce que pour vous Conchita, un beau corps est un corps mince ?
C : Non, pour moi la beauté n’a pas d’étiquette ni de limite d’âge ni de taille de robe. Pour MOI, personnellement : oui.
Avant que je commence à faire du travesti/drag régulièrement, je travaillais toujours à gagner du poids, à m’entraîner,
Je voulais être un modèle pour affiches, et ça n’a jamais marché, parce que –dieu merci- j’ai des gènes extraordinairement bons, qui m’empêchent de prendre du poids.
Et à ce moment, on me dit souvent : « Vous avez seulement 26 ans », mais alors, je regarde ma grand-mère et ma mère… D’accord…
J’étais vraiment frustrée à l’âge de 18-19 ans parce que je ne progressais pas, et puis quand j’ai commencé à être Conchita, j’ai pensé : « Oh, en fait, j’ai l’air plutôt bien. » et c’est à ce moment-là que je me suis réconciliée avec mon corps.
B : Mais, parlons rapidement des grandes tailles .
H : Tailles moyennes ! On les appelle « tailles moyennes » !
B : Je peux demander ça, parce que, comme vous, j’ai traversé des catégories de poids différentes. Quel effet vous font les tailles de vêtements 32-34 ?
H : D’abords, elles font mal ! Je ne pourrais pas les mettre !
B : Est-ce cela vous fascine ou est-ce que cela vous désespère ? Quand vous voyez votre tour de taille ?
H : Je trouve cela fascinant à regarder, mais moi souhaitant avoir un tour de taille comme ça, non. Je trouve que c’est bien à regarder, mais je ne le souhaite pas.
B : Mais cela ne vous stresse-t-il pas, le poids ?
H : Disons ainsi : cela m’inquiète parfois, mais stressé, plus maintenant. J’ai le projet de perdre quelques kilos dans l’avenir, mais je ne vais pas me tourmenter pour ça.
B : Y-a-t-il eu des moments où vous vous tourmentiez pour ça ?
H : Oui mais ça n’aidait pas, comme vous pouvez voir ! Et donc, j’ai cessé.
B : Donc, se laisser aller est au programme ?
H : Non, pas se laisser aller, je vis, dirons-nous de façon responsable, sinon j’aurais l’air très différent. Ceci est la version contrôlée.
B : Est-ce que Conchita se laisse aller ?
C : Je me laisse aller tout le temps, en fait.
B : Vous ne vous retenez pas pour garder votre tour de taille ?
C : Non, non, je mange ce que je veux et je fais ça à tout moment du jour et de la nuit…
H : Oh, mon dieu, je ne veux pas entendre ça ! Quand on entend : « je mange ce que je veux » !
B : Oui, le monde est injuste ! C’est comme ça…
H : Ou pas, qui sait.
B : Qui sait. Bien sûr, c’est aussi dû aux gènes. C’est aussi dû aux gènes. Votre mère et votre grand-mère portent des tailles extrêmement petites. Et sur ce point aussi, vous vous ressemblez : vos grand-mères ont toutes les deux joué un grand rôle dans votre vie. Conchita, lequel ?
C : Ma grand-mère est probablement la première diva que j’ai admirée jusqu’à ce jour. Parce que ma grand-mère est en fait une star. Du moins c’est ce qu’elle pense, je suis sure de ça. Mais elle le mérite aussi parce que c’est une star.
Ma grand-mère a toujours été – par rapport à ses origines – très moderne et très intéressée par l’expérience de nouvelles choses. Ma grand-mère a grandi au Portugal, parce qu’il n’y avait pas assez d’argent pour élever tous les enfants, les « enfants des vacances » comme on les appelait.
Et puis cette courte période de temps s’est transformée en quatre ou cinq ans. Et je suis convaincue que les gens qui grandissent dans un port, ne voient jamais rien de nouveau, à cause du fait que tant, tant de cultures différentes sont constamment mélangées, quand on échange les manières d’être, tout cela devient normal.
Vous admettez quelque chose de nouveau tous les jours et vous accueillez ça avec plaisir. Et je suis convaincue que ma grand-mère a élevé mon père comme ça. Dans notre famille, c’est pratique courante de discuter intensément mais d’être toujours très respectueux, et en fin de compte, c’est « wurst » (sans importance) de toute façon.
H : J’ai eu deux grand-mères. Une grand-mère était en fait un peu folle. Je crois qu’elle se voyait comme une grande star ou plutôt, elle se voyait comme une reine sous un déguisement. Quand j’avais 5 ou 6 ans, ma grand-mère a acheté un fiacre et elle se faisait conduire à travers la ville par son mari qui était assis à la place du cocher, et par les deux chevaux, Mandarin et Don.
J’étais assis juste derrière elle et elle agitait un mouchoir de dentelle pour saluer tous les gens dans la région de la Rurh ; ils trouvaient bien sûr que c’était une sensation que ma grand-mère se promène en fiacre dans le coin. Quand je vous raconte ça aujourd’hui, pour pourriez penser que c’est un mensonge, mais non, c’est ce qui m’est arrivé.
Et l’autre grand-mère, avec qui j’ai grandi après le suicide de ma mère, ma grand-mère Berta, était autrichienne. J’ai un peu grandi comme un autrichien avec des Marillenknodeln (des beignets à l’abricot) et des Powidldatschgerl (des beignets à la prune) et tout ce qui va avec.
Elle était très modeste et réservée et a mis tous ses espoirs ou son extraversion, qu’elle avait probablement mais ne montrait jamais, en moi.
B : Au début de votre carrière, vous avez même postulé pour un travail à l’ORF ?
H : Bien sûr, j’ai postulé pour un travail à l’ORF, j’ai aussi postulé pour un travail à la télévision GDR. Cependant, ça a alors marché à la Westdeutscher Rundfunk (WDR). Mais oui, j’ai postulé à l’ORF, il y a même eu un épisode pilote tourné là-bas. Peut-être que vous le retrouverez un jour.
B : Oui, on va le chercher. Mais après vos dernières remarques, je me rends compte que votre parodie de la Reine Beatrix, c’est plutôt vous, jouant votre grand-mère ?
H : En fait, c’était ma grand-mère, oui. A ce moment je me suis souvenu de ma grand-mère et je me suis dit : garde ton calme ! Que les gens hurlent, applaudissent, crient quelque chose : continue à agiter la main et à sourire ! Toujours sourire !
B : C’est devenu un grand classique et nous allons le regarde à nouveau ?
Cette insolence qui était dans toutes vos parodies et pastiches – fait-elle partie de votre caractère, ou comment vous sentiez-vous dans ces situations ? Aviez-vous un peu peur de ce qui pouvait arriver ou vous glissiez-vous dans la situation et simplement y preniez plaisir ?
H : Parce que j’avais peur, surtout dans cette situation, parce que je me disais : jusqu’où vais-je aller ? Probablement pas aussi loin. Pendant la situation, il n’y avait pas de peur, j’étais brave. Parce que vous n’avez pas le temps de penser si vous avez peur ou pas.
Mais quand ils levaient le cordon et que j’étais autorisé à passer, c’était un moment difficile. Alors venait la pensée : j’espère qu’il n’y a pas des gens de la GSG9 (police fédérale) qui pensent que c’est le bon moment d’appuyer sur la gâchette ! Après, j’avais peur à nouveau et pensais : mon dieu, qu’est-ce qui aurait pu se produire ?
B : Etes-vous brave ? Etes- vous vilain ? Ou est-ce que ça semble seulement le cas quand vous regardez le comique, l’artiste de variété ?
H : Oh oui, je suis brave. Mais si vous êtes brave, je crois que vous devez vous ressaisir parfois. Courageux n’est pas le bon mot, car alors je serais plus audacieux, intrépide – et je ne le suis pas. Le courage est toujours associé avec une certaine prudence et réflexion, mais je suis brave. Mes deux grand-mères y ont probablement joué un rôle.
B : Le jeu avec des vêtements de femme est aussi quelque chose qui vous réunit tous les deux. Il y a certains personnages dans votre carrière de cabaret pour lesquels vous avez porté des vêtements de femme. Qu’est-ce que ça représente pour vous ? Conchita le fait à cause de son personnage.
H : Qu’est-ce que ça représente pour moi ? Pour moi, c’est de me permettre, d’une part de laisser paraître un côté féminin comme quelque chose qui est en chacun de nous, mais d’autre part, c’est pour interpréter toutes les femmes que j’ai rencontrées dans ma vie.
Cela commence avec l’une ou l’autre de mes tantes, une femme éditeur, une présentatrice, que j’ai rencontrée-et tout ça a été collectionné et de ce méli-mélo j’ai pu donner naissance à un personnage artistique. Et surtout, sans censure, ce que vous ne pourriez pas faire en tant que personne normale. Et cela me plait
B : La fascination pour les vêtements féminins a commencé tôt pour vous. En ce moment, c’est la période de l’année des communions, des confirmations, partout où l’on regarde, il y aura bientôt des enfants dans leurs robes de princesses si elles ne sont pas en aubes pour leur Première Communion.
H : Cela a été mon premier déguisement de carnaval, une robe de princesse ! J’ai écrit ça dans mon livre « Der Junge muss an die frische Luft » (l’autobiographie de Hape) que j’étais très excité par ça !
B : Et avez-vous été triste quand vous n’avez pas été autorisée à porter une robe blanche ?
C : Triste est une très gentille expression : j’avais les boules ! Je me souviens de ma meilleure amie Kristin, assise à côté de moi dans sa merveilleuse robe. J’étais vraiment fâchée quand je l’ai vue parce que j’ai pensé « Pourquoi as-tu le droit de porter ça et pas moi ? »
Il y a cette adorable photo où je pose ma main sur sa robe et tous les autres enfants écoutaient, se demandant ce qui se disait, et moi je pensais seulement, ‘oh, c’est si beau !’
B : Est-ce que les vêtements de femme sont simplement plus beaux pour vous ?
C : Je ne veux pas faire de classement, parce qu’en tant que personne privée je m’intéresse beaucoup à la mode aussi.
B : Vous avez eu un diplôme à l’école de stylisme ?
C : Exactement ; je suis très concernée par la mode pour hommes mais pour ma présence sur scène et la façon dont je veux être perçue sur scène, un personnage féminin était évident pour moi. C’est pourquoi j’aime tellement ça, je peux avoir les deux.
B : Avez-vous jamais eu l’idée de devenir une femme ?
C : Non, jamais. Dans mon fantasme, bien sûr, mais en fin de compte, je suis très contente d’être un homme.
H : Cette question est toujours un peu étrange, bien sûr, dans la situation de Conchita elle est beaucoup posée, mais je pense que ce serait un peu la même chose si quelqu’un me demandait : ‘Voulez-vous être Horst Schlemmer’ ? parce que c’est seulement un personnage. Mais non, je ne veux pas être Horst Schlemmer !
B : Quand je lis dans des interviews ‘je veux repousser avec les corsages tout ce qu’un homme a !’ alors comme psychologue amateur, ma question me vient à l’esprit : peut-être ne veut-elle pas être un homme ? Est-ce que c’est une question inepte ?
H : C’est bien sûr fascinant, de personnifier une femme de façon aussi convaincante que Conchita. Et cela malgré la barbe. C’est très convaincant !
C : Merci et c’est ce que je voulais dire par ‘quel est l’impact sur vous-même’. Je fais ça aussi – pour y revenir – se voir en photo et se dire : Oui, tu as encore créé une très bonne illusion.
B : Donc, ce jeu avec des illusions et des personnages artistiques vous unit. Hape, Vous avez pris un tournant dans votre carrière ces dernières années et décennies. De l’artiste de variété, le comique, l’amuseur, jusqu’au grand succès ‘Ich bin dann mal weg’ (Je m’en vais pour un moment, alors) jusqu’à l’auteur sérieux que vous êtes maintenant. Quelles sont vos vraies aptitudes ?
H : Aucunes, Barbara, je fais seulement semblant !
B : Quand vous êtes dans l’état de « flow », comme on dit, là où vous êtes satisfait et heureux ? (flow=état de réceptivité/concentration maximum)
H : Honnêtement, quand j’écris. Mais ça a toujours été comme ça. Je suis vraiment dans mon état de « flow » quand j’écris. J’ai toujours aimé la scène et ç’était comme Conchita l’a décrit au début, j’ai souvent vécu les spectacles dans une transe et n’ai vraiment vu que par les vidéos de ces évènements, ce que j’avais fait. C’est pourquoi, je n’étais pas tellement dans le flow, je crois. Je suis plus dans le flow quand j’écris.
B : Conchita, le parcours professionnel est planifié. Maintenant, le Concours de l’Eurovision est prévu, mais avant ça, pour être précis, le 15, il y aura l’album – « Conchita ». Très tard, certains disent trop tard. Vous avez pris votre temps ?
C : Oui, parce que d’une part j’ai reçu un nombre incroyable d’invitations et des choses formidables que j’ai pu faire et je voulais vivre ça et ne rien rater.
D’un autre côté, cela ne veut pas dire que parce que je n’ai pas fait beaucoup de musique en public, je n’y ai pas travaillé. Simplement, cet album n’est pas sorti de terre en deux semaines mais il a simplement pris beaucoup de temps.
Je n’écris pas mes chansons moi-même et si vous recevez la version démo d’une chanson, au mieux, je l’aime. Puis, je l’essaye et souvent c’est le cas : cette chanson ne me convient pas. Et alors, en fait, compléter un album entier prend du temps.
C’est vraiment un long processus et si vous vous êtes décidé sur une chanson, il y a un nombre incroyable de choses à travailler, que ce soit la tonalité, le tempo, des passages du texte, jusqu’à ce que finalement, la chanson sorte vraiment du fond de votre cœur. Parce qu’il le faut, en fin de compte.
Parce qu’autrement, je ne pourrais pas interpréter la chanson comme je le veux, donc, cela a pris un peu de temps. Je suis très contente que tout le monde attende cet album avec autant d’impatience.
B : Oui, nous vivons une époque rapide ! Tout le monde pense : elle a gagné l’Eurovision, et l’album doit sortir une semaine plus tard. Il faut ralentir! Ce titre y est : « You Are Unstoppable ». Les fans sont excités ! – Conchita a annoncé, il y a un an, que le Grammy était son but. Cela signifie qu’elle veut la grande carrière qu’elle a maintenant, peut-être même une carrière internationale. Vous vous êtes retiré : la qualité de vie plutôt que la carrière ?
H : Ce n’est pas contradictoire, cela dépend de ce que vous voulez. Je vais garder les doigts croisés et ça va marcher ! En fait, je me suis retiré, oui. Mais pas pour avoir une meilleure qualité de vie, mais pour avoir la qualité de vie dont j’ai besoin pour écrire et écrire beaucoup maintenant.
Je ne veux pas retourner à la grande scène, les shows sur les grands escaliers et le grand show du samedi soir. Je l’ai fait, c’était très amusant, quelque fois beaucoup de stress et de colère – ce que j’ai oublié entre-temps – et donc je me souviens des bons moments de trente ans de carrière.
B : Tous les fans auraient bien sûr aimé vous voir à ‘Wetten, dass… ?’ Comment considérez-vous votre décision –de refuser – maintenant ?
H : Je crois que c’était la bonne chose à faire.
B : Vous pouvez dire ça ?
H : Oui, le programme n’existe plus, malheureusement.
B : Conchita, le Grammy est toujours le but déclaré ?
C : Oui, je les dis toujours avec beaucoup de confiance et cela irrite beaucoup de gens. Je fonctionne comme ça. J’ai besoin d’un but. J’ai besoin d’y aller et j’y vais.
Je ne sais pas si j’aurai jamais un Grammy, mais je suis convaincue que je peux voir et apprendre tellement de belles choses sur le chemin qui y conduit. Peut-être qu’en fin de compte ça a plus de valeur que cette boîte en métal. Cependant, c’est la façon dont je fonctionne et comment je travaille.
B : Au cours de cette folle année que vous venez de vivre : y-a-t-il un moment vraiment spécial, une rencontre, un évènement que vous pouvez distinguer, où vous avez dit : c’était quelque chose de vraiment spécial ?
C : Je ne peux faire aucun classement, parce que tout ce que j’ai vécu était si incroyablement irréel. Rétrospectivement, bien sûr, selon mes valeurs, il y a eu la rencontre avec M Ban Ki-Moon, qui pour moi est l’une des plus importantes personnes quand il s’agit des droits de l’homme.
Que cet homme ait jugé pertinent de me rencontrer, je ne pouvais pas vraiment le comprendre.
H : Moi, je pouvais le comprendre !
C : Je l’ai rencontré et j’ai pu faire un petit discours, mais j’ai aussi eu une conversation privée avec lui. Qui a été en toute simplicité. Il a été ambassadeur en Autriche.
Il m’a alors dit que son allemand n’était pas très bon, il a dit quelque chose en allemand et la seule chose que j’ai trouvé à dire a été ‘vous avez raison, il n’est pas très bon’, et je me suis dit, « qu’est-ce que tu as dit ! » Mais bon, c’était si naturel que c’est bien passé.
B : Une autre grande rencontre avec Jean Paul Gaultier pour qui vous avez défilé. Maintenant vous allez le revoir au Life Ball, le 16 mai. Avez-vous son numéro de portable ?
C : Non, je trouve que c’est très amusant quand les gens disent : » Vous êtes si bons amis avec jean Paul ! Nous nous connaissons, oui, et je suis toujours heureuse de pouvoir le voir, mais ce n’est pas comme si nous échangions des WhatsApp tout le temps.
B : Mais, la mode comme Plan B – certains auraient aussi attendu une ligne de mode de Conchita cette année. Est-ce que c’est à l’ordre du jour – se développer plus dans ce secteur ?
C : Je n’ai jamais de Plan B. Si j’ai un plan, c’est vraiment une exception. Je n’exclus rien, j’ai juste l’audace de faire tout ce que je veux, et aussi quand je le veux.
C’est pourquoi je ne dirais pas non, parce que j’adore la mode, bien sûr et s’il y a une possibilité dans cette direction ou si le désir de me concentrer sur ça grandit, alors je le ferai. Mais pour le moment, je suis contente de présenter cet album au monde et je le ferai après l’Eurovision.
B : Hape, à la 60ème édition de l’Eurovision, en tant que fan, vous irez probablement à une soirée, ou y serez de façon privée pour voir ce qui se passe ?
H : Oui, bien sûr !
B : En Allemagne, il s’est déjà produit quelque chose de bizarre, le vrai vainqueur des qualifications s’est retiré.
H : C’était très discutable. C’est moche de gagner et puis de refuser.
B : Vous n’êtes jamais venu au Life Ball à Vienne, vous nous manquez !
H : Oui, il faut que j’y aille. Je répète ça tout le temps, je dois venir à Vienne, il faut que je le fasse bientôt !
B : Pourquoi l’Eurovision est-elle le plus grand évènement gay au monde, pour ainsi dire, le jour le plus solennel après le Christopher Street Day ?
H : Grâce à l’Eurovision, une fois par an, vous avez ce que vous ne voyez pas à la télévision autrement. Opulent, coloré, pompeux, un peu trop de tout, trop coloré, trop tapageur, trop de chœurs, ‘ici, un violon de plus, oh, ajoutons une autre trompette là, et il y a une danseuse de ballet et puis deux danseurs musclés en plus !’
C : Et un changement de tonalité !
H : Exactement, un demi ton plus haut ! Donc, si ce n’est pas gay, je me demande ce qui l’est.
B : Avez-vous déjà entendu les candidats autrichiens, the Makemakers ?
H : Oui, et j’aime ça ! Je pense vraiment qu’ils vont atteindre les 10 premiers.
B : Conchita, vous avez entendu tous les candidats ?
C : Non, je ne las ai pas tous entendus. On me demande constamment ‘que pensez-vous de notre candidat ?’ Et ensuite, les journalistes me disent ‘c’est bien que vous ne l’ayez pas entendu, autrement vous seriez obligée d’être franche’.
Mais bien sûr j’ai entendu les nôtres et j’étais aussi là quand ils ont gagné la sélection. Je suis très contente et incroyablement fière d’eux, si je puis le dire avec arrogance, parce qu’ils sont incroyablement bons ‘live’.
C’est ce qui compte. Avoir une bonne chanson est une chose mais vous devez être capable de convaincre ‘live’, et ils le font. Et ils sont très séduisants, ce qui ne gâche rien et c’est pourquoi je les vois aller très loin.
H : Mon pronostic, c’est l’Italie.
B : L’Italie ?
H : Non pas que quiconque s’intéresse à mon opinion.
B : Pas la Suède ?
H : Non, pas la Suède, c’est l’Italie, l’année prochaine nous serons à Rome ou à Milan.
B : Avant de vous dire au-revoir, Conchita, une dernière question : Etes-vous en contact avec Tom ? Comment va-t-il ?
C : Il va bien.
B : Comment se sent-t-il ? De combien d’heures de thérapie aura-t-il besoin dans 20 ans à cause de toute l’expérience de l’Eurovision ?
H : Il n’était pas là, donc il n’aura pas besoin de thérapie.
C : Je ne crois pas qu’il aura besoin de thérapie. Nous nous ratons si constamment dans le miroir, c’est difficile de lui parler. Non, mais tout est incroyablement bien équilibré. J’adore, j’adore, j’adore ma vie.
H : Mon dieu, vous êtes une si merveilleuse ambassadrice pour ce pays que je dois le dire maintenant : ce pays doit vous construire un monument ! Devant l’opéra ou devant l’ORF, puisqu’il y a encore plein de place !
B : En Autriche, il y a encore beaucoup de médailles et de titre avant ça, comme Professeur Conchita Wurst !
C : Je travaille sur ‘Dame Conchita’ !
B : En allant dans ce sens, passez de bonnes prochaines semaines, afin que les émotions que vous nous avez données l’année dernière puissent-être retrouvées maintenant, quand le Concours aura lieu en Autriche. Hape, merci de tout cœur. Tous mes souhaits à vous deux et merci pour cette rencontre.

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