Traduction de l’interview par Malou Efter sur TV4 Stockholm

https://youtu.be/yb3Z9LOwMvQ

TRADUCTION FRANCAISE (par Jocelyne Peltier) de l’interview de Conchita Wurst par Malou Efter sur TV4, Stockholm. 27 11 15

Malou : Bienvenue, Conchita.
Conchita : Merci beaucoup.
M : Je suis si contente de vous avoir ici.
C : Merci de me recevoir.
M : Parce qu’il y a eu tant de gens qui ont été tellement émus par vous, quand vous vous teniez là, chantant votre chanson, comme une déclaration : je suis un être humain.
C : Exactement. C’était renversant pour moi, vous savez. Parce que d’abord, je ne l’ai pas fait volontairement, j’ai simplement trouvé cette version de moi-même pour être ma meilleure version sur scène. Pour commencer, j’ai eu une petite carrière en tant que Tom quand j’avais 17 ans, à cette émission de jeunes talents.
M : Pouvez-vous expliquer aux gens ?
C : Eh bien, Tom est ma personne privée, Tom est celui qui paye les factures, et moi, je suis dans le show business. Donc, quand j’avais 17 ans, j’ai fait cette émission de jeunes talents en Autriche. Et je ne me suis jamais senti aussi libre que je savais pouvoir l’être sur scène. Donc, avec les années, j’ai découvert que je devais trouver quelque chose qui me rend plus grande, plus théâtrale sur scène. J’ai toujours voulu être une diva, donc j’en ai créé une !
M : Je suis heureuse d’avoir une vraie diva devant moi !
C : J’essaye !
M : Je suis un peu curieuse à propos de Tom aussi. Parce que j’ai lu dans votre livre : Conchita doit son existence au fait que Tom a fait face à de la discrimination toute sa vie.
C : Eh bien, vous savez, particulièrement comme adolescent, j’ai grandi dans une toute petite ville en Autriche, à la campagne. Le fait d’être adolescent n’est pas amusant en lui-même. Dans mon cas, je me suis rendu compte très tôt que j’étais gay, j’aimais les garçons et…
M : Quand avez-vous découvert ça ?
C : Eh bien de toute évidence, je l’ai toujours su mais quand vous avez 11 ou 12 ans, vous avez un mot pour ce que vous ressentez. C’a été le moment où les choses ont commencé à être difficiles. Parce que j’ai découvert immédiatement que la société pensait que j’étais une erreur, ce n’est pas la façon dont vous êtes sensé vivre. Et bien que je n’aie que 27 ans, à ce moment-là les choses étaient différentes. Donc, je me suis débattu avec ça, j’ai perdu confiance en moi. Parce que je pensais aussi que je faisais erreur. J’ai rapidement compris que ce n’était pas ma faute mais celle de la société qui pense mal.
M : Comment s’est passée votre enfance, alors ?
C : En dehors de ça, magnifiquement. J’ai vraiment la famille la plus merveilleuse, ils m’ont toujours tellement soutenue. J’ai grandi dans les montagnes, comme un conte de fée. J’ai donc eu une très belle enfance.
M : Et votre grand-mère a été cette personne très spéciale dans votre vie.
C : Ma grand-mère est probablement la première diva que j’ai pu rencontrer. Elle toujours été une sorte d’exemple, parce qu’elle est très élégante, elle m’a appris tous ces…. Bien sûr, mes parents m’ont élevée, ils m’ont appris les bonnes manières, et que vous devez apprendre, et réussir, et être un être humain décent. Et ma grand-mère était toujours là avec sa poussière de fée à me saupoudrer de glamour, je crois !
M : Et pourtant, avec cette enfance heureuse, vous aviez peur de dire à vos parents et votre grand-mère que vous étiez gay.
C : Exactement.
M : Quand l’avez-vous fait ? Comment est-ce arrivé ?
C : Je l’ai fait d’une façon que je ne recommanderais à personne. J’ai donné une interview parce que c’était pendant la période où j’étais dans l’émission de talents. Evidemment, une fois que le public vous connait, les journalistes s’intéressent à votre vie et à ce que vous faites. Donc, j’ai donné une interview et…
M : A la télévision ?
C : C’était pour un journal et ce serait publié une semaine plus tard. Donc, j’ai été aussi honnête que je pouvais, parce que j’ai pensé : maintenant j’ai deux options, je peux être complètement sincère ou je peux mentir. Et j’ai décidé de dire tout ce que je voulais dire, de la meilleure façon possible. Et c’est le moment où je suis allée directement à la maison et j’ai dit à mes parents : écoutez, je suis gay… Et ce n’était pas le problème… le problème pour mes parents, était que tout le monde en Autriche allait savoir, une semaine après cette conversation. Mes parents possèdent un petit hôtel, donc ils ont toujours pensé que l’opinion des autres était la plus importante, surtout quand il s’agit de commerce. Donc, on a eu quelques difficultés, mais je crois qu’en fin de compte, une fois cette période passée, nous sommes devenus plus proches que jamais.
M : Et votre grand-mère est arrivée et a pris les choses en main.
C : Exactement. Dans son esprit, elle est la reine de la famille. Exactement, parce que pour tout le monde, bien sûr, c’était une situation pleine d’émotion, on pleurait et elle est arrivée et a arrangé les choses.
M : Mais c’est intéressant ce que vous dites, parce que vous avez rencontré, après votre victoire à l’Eurovision, beaucoup de gens, des gens importants vous ont invitée. Nous en avons certains en photo ici. Vous parlez d’eux dans votre livre. Voici Ban Ki-Moon, le Secrétaire général de l’ONU. De quoi avez-vous parlé ?
C : C’était renversant ! Parce que j’ai eu l’invitation à toute la cérémonie à l’ONU de Vienne. Je pensais, il veut que je chante et c’est tout. Et j’étais très flattée et excitée. Et puis j’ai découvert qu’en fait il voulait que je fasse un petit discours, il voulait me parler avant, et j’ai pensé : il veut vraiment me parler ? Parce que je me vois… je suis seulement une drag-queen barbue et c’est tout ! Et j’aime chanter, la musique est l’amour de ma vie. Mais il voulait me parler, et il a été très, très gentil. Il a longtemps été ambassadeur en Autriche. Puis il a dit quelque chose en allemand et il s’est excusé parce que son allemand n’est pas très bon. La seule chose que j’ai dite : oui, vous avez raison, il n’est pas très bon ! Et nous avons ri.
M : Mais vous êtes importante, parce que vous avez saisi l’occasion que l’on vous donnée en quelque sorte, de faire une déclaration sur : ce qui est normal, sur ce qu’est l’égalité et sur ce qu’est un être humain. Et je crois que c’est ce qui est si fascinant, la réaction que vous créez quand vous apparaissez en tant que Conchita.
C : Je suis consciente qu’une femme barbue n’est pas quelque chose d’habituel et vous avez certaines émotions, positives ou négatives. Et dans ce genre de situations, comme avec Ban Ki-Moon, bien sûr j’ai saisi cette occasion de parler de ce en quoi je crois. ET quand nous parlons du mot « normal », pour moi, « normal » n’existe pas, parce que « normal », pour moi est quelque chose que quelqu’un d’autre n’envisagerait même pas. Je voulais vraiment dire que ça ne dépend pas de votre apparence, la couleur de votre peau, votre orientation sexuelle. Ce qui compte, c’est si vous êtes quelqu’un de bien ou pas. Et c’est ce que mes parents m’ont toujours dit.
M : Vous n’êtes pas venue ici en tant que Tom.
C : Non, dans le studio, non. Je suis arrivée à Stockholm, à l’aéroport en tant que Tom.
M : Quand êtes-vous Tom et quand êtes-vous Conchita ? Quand vous êtes en privé, vous êtes Tom ?
C : Exactement. Dans ma vie privée : pas de glamour, pas de perruque, pas de maquillage. Juste passer du bon temps avec mes amis et ma famille et apprécier la vie et travailler.
M : Que ce passe-t-il quand vous devenez Conchita ?
C : Je crois que la chose la plus évidente est que… Vous ne l’entendez pas en anglais, mais en allemand, quand je suis Conchita je parle un allemand très châtié et quand je suis Tom je parle en dialecte.
M : Ok. Vous n’allez pas…
C : Non, jamais ! Ce n’est pas parce que j’en tire un bénéfice, c’est que ça me semblerait tellement peu naturel, en tant que ce personnage, je ne parlerais jamais en dialecte.
M : Une autre personne qui vous a invitée après l’Eurovision, est Jean Paul Gaultier.
C : Oui.
M : Et ça représentais quelque chose pour vous.
C : C’était incroyable.
M : Vous vous intéressez beaucoup à la mode, et il voulait que vous veniez sur son tapis rouge ou d’une autre couleur.
C : Oui, exactement. Ce n’était pas ce qu’on voyait sur la photo. J’ai commencé par la mode. Donc, être assis là, dans la classe à entendre tous ces noms comme Karl Lagarfeld, Jean Paul Gaultier et tout d’un coup être dans la même pièce que ce génie, c’est renversant. Et maintenant, c’est dur pour moi de le dire, mais nous sommes en quelque sorte des amis, ce qui est renversant !
M : Elton John vous a envoyé des fleurs.
C : Oui.
M : « Deux cœurs battants dans ma poitrine », c’est ce que vous avez écrit dans votre livre.
C : Exactement. Probablement, il y en a même plus. Parce que je crois que nous sommes tous beaucoup plus qu’un cadre, nous pouvons être sérieux et ridicules en même temps. Nous sommes drôles et… Pour moi, il a tellement de différents aspects de mon caractère, et certains sont si forts qu’ils ont besoin d’avoir une certaine apparence. Donc, je ne sais pas, je finirai peut-être avec un numéro d’humoriste ayant une apparence complètement différente.
M : Je veux que vous rencontriez mon invité suivant qui est le Ministre de l’Intérieur de Suède : Anders Ygeman. Il a été dans toutes ces conférences de presse après les actes de terrorisme à Paris.
M : Bienvenue, Anders Ygeman….. Vous avez écouté l’interview. Qu’en avez-vous pensé ?
AY : C’est un personnage fantastique ! Je suis si content que vous ayez gagné !
C : Merci !
AY : Je dois lire votre livre maintenant.
M : Parce que c’est une déclaration si intéressante, une femme avec une barbe qui bouscule tout le monde et émeut les gens. Parce qu’il s’agit du fait d’être un être humain.
AY : C’est un peu étrange de voir qu’en 2015, cela nous secoue un peu. Avant, je pensais qu’on avait davantage avancé que ça sur l’être humain quelle que soit son apparence, ses sentiments, sa sexualité, son genre. Il est évident qu’on a encore à travailler là-dessus.
M : Je ne sais pas pour votre pays, mais en Suède, nous avons un débat, et je crois dans toute l’Europe, à propos de « nous » et des « autres ». Et c’est très dangereux quand la société se désagrège. Je ne sais pas, en Autriche, après ce qui est arrivé à Paris…
C : Bien sûr, il y a beaucoup de discussions, pas seulement à propose de Paris, c’est aussi toute la situation avec les réfugiés. L’Europe fait face à des temps difficile en ce moment. Et je pense, que particulièrement maintenant, il est important, comme vous l’avez dit : de ne pas se diviser, je pense toujours face à la façon dont les plus conservateurs voient les réfugiés : pourquoi devrions-nous tous les recevoir ? Nous ferions tous exactement la même chose. Si nous devions quitter nos maisons parce qu’il n’y a aucun endroit vivable, on ferait exactement pareil. Nous voudrions recevoir de l’amour et du respect des gens que nous allons rencontrer.
M : Conchita est un personnage. Est-ce important pour les gens que quelqu’un ait cette valeur symbolique ?
AY : Bien sûr, c’est important que les gens voient et arrive à cette conclusion qu’on peut avoir l’apparence que l’on veut. Et aussi pour beaucoup de gens qui se sentent regardés de haut. C’est important qu’il y ait une vraie star.
M : Serait-il possible d’avoir un ministre habillé comme Conchita, avec une barbe ?
AY : J’espère, mais je pense que nous avons encore des préjugés à surmonter.
M : Je vais vous interviewez un peu plus tard. Je suis si contente que vous soyez venue à mon émission. Bien sûr, on va vous écouter chanter.
C : J’aimerais le faire !
M : S’il vous plait, installez-vous sur ma petite scène….

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