Traduction française de l’interview sur ARD en mai 2015

https://youtu.be/oUjCXWeq2JA

TRADUCTION FRANCAISE (par Jocelyne Peltier) de l’interview de Conchita sur ARD. Mai 2015

« Je ne suis pas Madonna »

Suzanne Glass : Comment vous sentez-vous maintenant, Conchita, quand vous voyez tout ce que vous avez accompli pour l’Autriche, pour Vienne. Etes-vous fière de vous ?

Conchita : Je suis surtout excitée et chaque fois j’y repense avec un peu d’incrédulité, parce que le reste de l’année a été occupé de façon tellement insensée et j’adore ça. Aux répétitions pour l’Eurovision, j’ai essayé de faire ma journée et de dire : « Ok, maintenant on fait ça, et puis je répète ça et » et puis je me tiens sur cette scène, et puis il y a un certain changement de lumière, on vérifie le son,… Je suis là debout, sans rien faire, je regarde autour de moi et alors je me rends compte que je suis en partie responsable du fait que cette scène est ici. Et j’essaye d’oublier ça, mais quand je me tiens là et que ça me vient à l’esprit, je ne comprends pas parce qu’en fin de compte je pense : ce n’est que moi et comment, comment puis-je être responsable du fait que l’évènement musical le plus important au monde a lieu dans notre ville ?

SG : Et il y a aussi un important message que vous voulez envoyer au monde : la tolérance. Comment y avez-vous réussi ?

C : En fait, le mot tolérance est un peu galvaudé. Je ne veux pas être tolérée. Je veux être acceptée et c’est le but ultime qui doit être accompli. J’ai souvent cette question et ma réponse est toujours la même : j’ai la preuve que j’ai fait quelque chose en se basant sur ce qui s’est passé. Il y a aussi des fans qui m’écrivent sur Facebook, et c’est ce que je veux dire par « preuve », qui racontent leurs histoires , qu’ils ont changé leurs vies d’une certaine façon, peut-être ont-ils changé leur opinion sur moi, et je me demande : « Comment est-ce possible ? Je ne suis pas Madonna qui inspire des gens depuis des générations, maintenant et qui décide aussi un petit peu ce qui est à la mode et ce qui ne l’est pas. Et ça, pour moi, est pourquoi…Oui, dans l’ensemble, c’est encore difficile à admettre. »

[2 :29]

SG : Je peux le croire, parce que c’est seulement le début.

C : Oui.

SG : Madonna a aussi débuté un jour, mais je me demande : « Nous avons les élections à Vienne et qui sait combien de gens votent pour le FPÖ. Ils n’ont pas la réputation d’être tolérants et larges d’esprit envers d’autres formes de vie. » Comment voyez-vous ça ?

C : Je sais cela. Juste après ma victoire à l’Eurovision, beaucoup de gens ont feint la tolérance. Je l’ai accepté comme un premier pas. Cela me convient très bien, je pense : « C’est un pas dans la bonne direction », et bien sûr beaucoup de gens ont fait marche arrière, mais je pense aussi que la victoire peut être vue comme une importante déclaration de l’Europe envers l’Europe et le monde entier. Mais je ne suis pas assez naïve pour croire qu’une seule déclaration est suffisante, mais je dois y croire, que si nous en parlons continuellement et nous, les personnalités connues du grand public, saisissons cette occasion d’atteindre un nombre incroyable de gens via une caméra ou une interview, certaines personnes l’entendront qui ont peut-être une influence sur certaines situations légales et qui pourraient changer d’avis. Et, au moins, c’est ma contribution. Et c’est pourquoi je ferai valoir mon opinion, même sans qu’on me la demande, en espérant que quelque chose se produira.

Ralph Borchard : En fait, vous êtes responsable de la  Green room  à l’Eurovision. En plus des trois principales présentatrices, vous êtes aussi présentatrice.

C : Oui.

RB : Pourquoi la « Green Room », pourquoi ce rôle ?

C : Oui, en y repensant, c’est une très bonne question. D’abord je voulais présenter toute l’Eurovision, et puis j’ai pensé : « Hum, je n’ai peut-être pas assez de temps pour tout apprendre… » Donc, j’ai été très contente avec la  Green Room . Le jour se rapprochait de plus en plus et finalement pendant les premières répétitions, j’ai remarqué : « Hé, je sais ce que ça fait d’être assise là. On veut tout faire sauf parler à quelqu’un. » Et alors, j’ai pensé : « Pourquoi j’ai accepté ça ? » Mais j’espère que je peux lancer une agréable conversation et je veux mettre en valeur ce qui est le meilleur autant que possible, et il y a des situations dans lesquelles on ne veut pas être interrogé sur ce qu’on ressent, mais mon boulot c’est de demander : « Comment vous sentez-vous ? » Et c’est pourquoi ce sera très excitant.

RB : Ann Sophie sera aussi très nerveuse dans la Green room.

C : Oui.

RB : Comment la trouvez-vous ? L’avez-vous déjà rencontrée ? A-t-elle une chance ?

C : J’ai déjà rencontré Ann Sophie une ou deux fois. J’étais présente à la grande finale nationale. Je l’ai aussi rencontrée à Londres où se tenaient toujours les soirées pré-Eurovision et ce que je peux dire est, comme présentatrice, je n’ai aucun favori. En ce moment je suis un peu comme la Suisse. Ce que je peux dire est que toutes les chansons sont incroyablement bonnes ce qui est très, très inhabituel. Il n’y a personne qui éclipse les autres, mais ce n’est pas négatif. Toutes ces chansons sont simplement d’un niveau international extraordinaire. C’est pourquoi je pense que tout le monde a une chance. Et au final, c’est toujours la communauté du concours de l’Eurovision qui est très, très sévère et ce sont ces trois minutes qui comptent. Je sais que les fans ne sont pas impressionnés par une bonne chanson si elle n’est pas bien interprétée. Dans ce cas, on ne fait pas un bon score.

RB : Votre dernier album comprend une grande variété de styles musicaux. Vous avez dit vous-même que c’est ce que vous vouliez. Cependant, on se demande quand même si vous avez une chanson préférée.

C : C’est très, très difficile à dire. Les gens me demandent souvent si j’ai une chanson préférée. C’est dur à dire parce que j’ai choisi toutes les chansons. Je sais aussi que j’aurais pu créer des albums séparés, chacun dédié entièrement à un style. Si j’avais créé un album entièrement dédié à un seul style, ce serait plus facile pour moi de choisir une chanson préférée. Mais maintenant, c’est très dur. Je crois, cependant que « Rise Like A Phoenix » sera toujours la chanson la plus émouvante pour moi : elle a tout simplement changé ma vie.

SB : Oui, mais quand même, trois balades pleines d’émotion, et de la pop disco, quel style cherchez-vous ?

C : J’aimerais savoir ce que je cherche… je trouve toujours charmant que les gens pensent que j’ai un plan. (Elle rit) J’ai rarement un plan et jamais, jamais, un plan B. Cela veut dire que je trouve mon inspiration en suivant le mouvement et en apprenant des réactions de mes fans ce qui alors, me donne une idée de ce que je cherche. C’est vraiment très dur parce que dans cet album, je ne pouvais pas me limiter à un seul style. On verra si je peux le faire dans l’avenir. Mais pour le moment j’aime toutes les chansons. Je commence en général par un titre particulier et puis j’écoute tous les autres, et puis, j’écoute à nouveau… Cela dépend beaucoup de mon humeur, et c’est ce que j’aime dans cet album. Vous pouvez danser, faire la fête et pleurer à chaudes larmes avec les chansons de cet album et ce sont les choses que j’aime faire grâce à la musique.

SB : Quand le cœur de Conchita est-il une tempête de feu ?

C : Quand mon cœur est-il une tempête de feu ? Hm, je crois que tout va bien avec mes amis et ma famille. Et cela me rend plus qu’heureuse. Je fais toujours la comparaison suivante : il y a des gens qui aiment recevoir et il y a ceux qui préfèrent donner et je suis de ceux-là. Je reçois une montagne de cadeaux et j’attends Noël avec impatience pour pouvoir les donner parce que je veux voir leurs visages et c’est toujours comme ça pour moi. Je suis contente quand les autres vont bien et je ne réfléchis pas trop à comment je vais.

[8 :53]

RB : Je ne peux m’empêcher de regarder ce style de cheveux courts, même s’il n’est pas complètement nouveau.

C : (sourit)

RB : Mai je pense que, sur la pochette de l’album, d’une façon ou d’une autre, vous savez… les cheveux longs vont de soi. Combien de styles de coiffure avez-vous et combien de temps cela prend-il le matin ?

[9 :07]

C : Je crois que j’ai cinq perruques que j’utilise à tour de rôle. Et je m’autorise à faire ce que j’ai envie de faire. Et aujourd’hui il y a des cheveux courts parce qu’il fait chaud. (Elle sourit) Je peux être aussi avoir un point de vue très pratique sur les choses. Combien ça prend ? En ce qui concerne mes cheveux, je ne peux pas dire. En fait je ne suis pas dans la pièce. Mais pour le reste, cela prend environ une heure. Puis je me maquille, je mets ma perruque et je sors.

[9 :43]

RB : Et nous avons souvent cette question, donc je la pose maintenant : la barbe est-elle vraie ?

C : La barbe est vraie ! Absolument vraie, mais je dois ajouter que je maquille tout mon visage, donc pourquoi s’arrêter à la barbe ? Cela veut dire que je retouche les petits endroits où elle n’est pas très fournie.

RB : Revenons aux émotions : vous avez parlé avec beaucoup d’émotion de vos amis et de votre famille. Tout va pour le mieux, maintenant, parce que grâce à l’eurovision à Vienne vous allez recevoir une attention garantie pendant un an.

C : Oui.

RB : Vous avez le livre, l’autobiographie, maintenant l’album. Avant ça vous aviez un single. Ca va vraiment bien maintenant. Vous êtes dans le monde. Vous êtes une star mondiale. Avez-vous des peurs, la nuit ? Un jour l’abysse sera là ? J’arrêterai un jour et alors cela retombera et tout disparaîtra ?

[10 :29]

C : En ce qui concerne ces pensées et inquiétudes, j’ai une attitude très détachée : ce n’est pas différent de Madonna. Elle sort un album, elle pense aussi à sa place : (Elle se ronge les ongles) « Espérons que ça aura du succès, espérons que les gens vont l’acheter… » Ou ils vont aimer la musique. Et ça ne s’arrêtera pas. La pression que je m’impose pour plaire à de plus en plus de gens, pour être au goût du jour. Comment dirais-je ? Faire ses preuves. Cela ne s’arrêtera jamais et bien sûr j’y pense, et bien sûr il est évident pour moi que grâce au vent de l’Eurovision qui soutient mes ailes, ça a été très, très facile pour moi. En janvier, je pensais déjà : « Maintenant que vais-je faire après le concours ? » Et cependant, je dois ajouter franchement, c’est très réconfortant de savoir que j’aurai des vacances après et après les vacances… (Elle claque des doigts), cela continuera. » Mon calendrier ne montrera plus de « trous ». Et c’est très bien, parce que j’aime vraiment faire les choses que je suis amenée à faire. Et sans doute y-aura-t-il des années où je passerai plus de temps en arrière-plan que sur la scène. Mais c’est un tout. Et de mon point de vue c’est une bonne dynamique. Dans le meilleur des cas.

[11 :50]

SG : Vous avez mentionné Madonna plusieurs fois jusqu’ici. Pourtant on vous compare plus souvent à Cher.

C : (Elle rit)

SG : Est-ce que Madonna vous convient mieux malgré la référence ?

C : Je crois que je mentionne Madonna aussi souvent parce qu’on en parle en ce moment. Et parce que sa place dans les classements pop est très différente de celle que l’on pourrait attendre de Madonna. Mais si nous parlons de la diva qui est la plus proche de mon cœur : dans ce cas Shirley Bassey est vraiment en haut de ma liste. Elle m’a appris à chanter…je crois…C’est aussi ce que j’ai écrit entre parenthèses : « je ne sais si je lui dois de l’argent maintenant », mais les faits parlent d’eux-mêmes. Quand j’avais huit ans, j’ai entendu Goldfinger pour la première fois. Je ne savais pas quelle langue c’était ou qui chantait, mais cela m’a touchée. Pendant l’Eurovision, mon amour pour Shirley Bassey a aussi été mentionné. Elle est vraiment ma numéro un.

[12 :56]

SG : J’ai une autre question sur le concept de l’art. Vos qualités vocales sont indéniablement merveilleuses. Vos fans sont d’accord. Avez-vous cependant l’impression qu’on sait peu de choses du fait que vous êtes une création artistique ?

C : Je ne sais pas. C’est tellement excitant que tant de journalistes aient des opinions complètement différentes sur ce sujet. D’autres prétendent aussi que c’est précisément le rôle que l’artiste joue qui attire beaucoup plus d’intérêt que sa musique. Cela ne me dérange pas, parce qu’à la fin, ce sont toutes des choses que j’aime. En fait, je ne conseille pas de laisser passer des choses. J’attire l’attention de tous les points de vue et j’adore l’attention. C’est pourquoi je ne pense pas… Récemment j’ai un peu parlé avec quelqu’un du monde du spectacle. Soudain, cette personne a dit : « savez-vous seulement combien vous avez de talent ? » Et c’est quelque chose que les gens ne remarquent pas parce que cela me vient si naturellement. Dans mon cas, cela ne demande pas beaucoup d’effort pour être comme je suis ou jouer un autre rôle que j’aime. C’est pourquoi j’ai encore à apprendre et à découvrir encore beaucoup sur moi-même à ce sujet.

[14 :22]

RB : Revenons à Vienne une seconde : l’Eurovision . Samedi ça commence à l’opéra, le soir ça continue devant l’hôtel de Ville. Des milliers, des dizaines de milliers de fans viennent dans cette ville. Conchita, voudriez-vous dire quelque chose au micro de ARD, à tous ces fans venant de tous ces pays, du monde entier ?

C : Que pourrais-je dire ? A part que Vienne est la meilleure ville d’accueil que l’on puisse imaginer. J’attends cela avec une si grande impatience. Je suis… J’étais si excitée… La semaine dernière, nous avons commencé les répétitions et ça ressemblait à un voyage scolaire ou un retour de vacances. L’un ou l’autre, vous savez… Vous connaissez tout le monde, mais ils ont tous une nouvelle coiffure, et vous ne vous êtes pas vus depuis longtemps, et c’était très excitant. Maintenant beaucoup de touristes arrivent du monde entier, presque tous les journalistes qui existent…Et vous remarquez – j’étais en voiture en ville hier – qu’il y a une caméra à chaque coin de rue. Dans tous les coins, ils filment, quelqu’un est interviewé… Et c’est ce que j’aime par-dessus tout. Que nous ayons l’opportunité de vraiment présenter ce pays si incroyablement agréable, cette ville si incroyablement agréable, de façon internationale. Et c’est un grand privilège. Ce que je peux dire aux fans, c’est qu’ils devraient essayer tout ce que Vienne a à offrir, et c’est quelque chose. Et il y a en plus, trois spectacles en direct… Ils exagèrent dans ces shows et j’adore ça.

SG : Et que dites-vous aux fans allemands qui espèrent en Ann Sophie ? Comment se détache-t-elle du lot ?

C : Comment se détache-t-elle ? Elle interprète très bien en direct, comme je l’ai dit auparavant. Et c’est très important. Elle est très charismatique et superbe. Donc, elle a tout ce qu’il faut pour être une star et c’est pourquoi je voudrais aussi ajouter – je dis cela à presque tout le monde : les chances sont réelles ! Je pense.

SG : Merci beaucoup pour cette interview ! Merci ! Merci, Conchita !

C : Merci beaucoup !

 

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