Traduction de l’interview SOS Mitmensch

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TRADUCTION FRANCAISE(par Jocelyne Peltier ) : Interview de Conchita Wurst SOS Mitmensch du 03/09/15 (http://www.sosmitmensch.at/site/home/article/1076.html)

« Je ne me vois pas comme une héroïne ».

Tom Neuwirth a passé 25 ans de sa vie à « ne pas gagner », dit Conchita Wurst. Et puis il l’a créée ELLE, son alter ego, une drag-queen éblouissante avec une barbe, qui a gagné l’Eurovision et fait maintenant une carrière internationale. Conchita Wurst sur les identités floues, les idéaux de beauté , la pression ressentie et ce qui la relie à Clark Kent. (Interview de Clara Akinyosoye)

Tom Neuwirth a créé Conchita Wurst : Conchita Wurst est-elle un personnage fictif ou l’une des identités de Tom Neuwirth ?

Conchita : Je n’irais pas jusqu’à dire que moi, en tant que Conchita, représente une identité séparée. Mais elle est une facette si forte de ma personnalité qu’elle a besoin de sa propre apparence visuelle.

En tous cas, elle occupe une grande part de votre vie. Quelle place a Conchita, maintenant que vous avez tant de succès ? Quelle place reste-t-il à Tom ?

C : Beaucoup ne le croient pas mais c’est très équilibré. C’est en fait 50/50. Avant j’étais drag-queen pendant 20% du temps et maintenant j’en suis environ à 50%. Je fais beaucoup de choses sans maquillage et perruque. Quand je me démaquille après une longue journée, enlève la perruque, enlève les chaussures et le corset, alors, c’est un soulagement. Une relaxation qui est plus profonde que si j’enlève simplement mes baskets et m’allonge sur le canapé après une longue journée. Je ne dis pas ça parce que je veux pleurnicher. Je pense que toutes les drag-queens seraient d’accord avec moi parce que c’est associé à tellement de douleur. Peut-être ne sentez-vous pas les clips d’oreilles au cours de la journée, mais quand vous les enlevez le soir, vous avez l’impression que vos lobes vont se détacher. Rien que pour cette raison, c’est très équilibré. Et même si il y a des périodes avec « plus de Conchita », il y a toujours ces moments où Tom est dans la chambre d’hôtel, et je me sens un peu comme si je n’avais rien fait de la journée.

Est-ce que les années de succès de Conchita ont de l’influence sur Tom Neuwirth?

C : Beaucoup de choses ont changées. Par exemple, que les rêves ne restent plus seulement des rêves. Des petites choses qui m’inspirent peuvent devenir un concept pour une vidéo ou des paroles de chanson. J’ai passé 25 ans de ma vie à « ne pas gagner ». Maintenant j’ai le privilège de me réveiller le matin, noter ce que j’ai rêvé et ensuite de le retrouver dans des choses que je crée. J’étais créative avant et j’ai créé un personnage fictif et un concept pour moi, mais si maintenant je présente une idée à ma maison de disques, c ‘est tout autre chose. Bien sûr, vous êtes catapulté à un autre niveau quand vous attirez cette immense attention sur une telle plateforme (comme l’Eurovision).

Dans les films de fiction, il y a beaucoup d’alter egos excitants qui sont des super-héros. Les personnalités bourgeoises sont souvent mésestimées, pas du côté gagnant de la vie. Par exemple, Clark Kent et Superman. Est-ce pareil pour Tom Neuwirth et Conchita Wurst ?

C : Ca a quelque chose de familier. Si vous regardez de façon stricte, j’ai gagné et pas Tom. Et Tom paye les factures et fait la lessive. Je trouve que c’est formidable. Donc, oui, c’est pareil, sauf que je ne me vois pas comme une héroïne. On me connaissait comme Tom de Starmania, et pendant un certain temps il y a eu de l’attention. Mais à ce moment-là je ne le voulais pas et je ne comprenais pas pourquoi les gens me demandaient un autographe ou une photo alors que j’étais dans une situation privée. J’étais follement agacée par ça, je ne pouvais pas le supporter. J’ai pensé que ce n’était simplement pas ce que je voulais et j’ai fini l’école. Mais mon amour du chant et de la scène ne s’est pas atténué. Et puis je me suis trouvé ce concept, comment je peux apprécier ma vie à 100%.

Conchita Wurst brise les concepts de genre mais aussi, elle représente cette belle et mince jeune femme, l’idéal commun de beauté féminine. Quel est votre idéal de féminité ?

C : Ma grand-mère a influencé ma perception de l’élégance et de la féminité. C’est une diva. Et j’adore les divas. Si une femme a de longs cheveux, c’est féminin pour moi, mais si un homme a les cheveux longs et que ça lui va, alors c’est bien aussi. Pour moi ces stéréotypes n’existent pas. Je trouve de la beauté visuelle dans chaque être humain que je vois. Cependant, je suis simplement dans ce corps, et je sais que beaucoup de femmes m’envient, mais ma grand-mère a le même physique que moi. J’ai pris l’enveloppe dans laquelle je vis et j’en ai tiré le meilleur. J’ai trouvé le concept pour moi : comment je peux apprécier ma vie à cent pour cent.

Après votre victoire à l’Eurovision, c’est presque devenu « chic » immédiatement, d’être une femme avec une barbe. On a eu l’impression, juste à cause de votre victoire, que l’Autriche était devenue plus tolérante. Avez-vous pensé que vous et votre message auriez été reçus de la même façon si vous n’étiez pas arrivée No 1 mais No 15 ?

C : Je crois que la victoire était si inattendue que cela a eu un impact beaucoup plus fort. Jusqu’à la finale on trouvait mon visage placardé partout et il y avait des déclarations en Autriche. Les gens ne pouvaient pas ne pas tenir compte de moi et de la question : de quoi s’agit-il ? Et je crois profondément et fermement que le respect et – si vous voulez avoir une vue élevée – la paix, sont liés à la connaissance. Je crois que beaucoup ont compris seulement à cause de l’Eurovision, ce que je veux, ce qu’est la communauté LGBTI et quelles sortes de variétés existent. Les gens ont commencé à penser par eux-mêmes. Je crois que ce serait arrivé de toute façon. Bien sûr, il y a eu la fausse tolérance que des gens ont épinglée à leurs revers en public. Mais si vous traitez les autres respectueusement en public, c’est un pas dans la bonne direction.

Vous avez souvent dit que vous n’êtes pas le porte-parole d’un groupe. Cependant, on vous voit comme une ambassadrice de la tolérance et comme la porte-parole de la communauté LGBTI. Quel est le degré de pression ou de responsabilité que vous ressentez ?

C : J’ai probablement une attitude impolie : je ne ressens aucune pression parce que je n’ai rien promis, parce que je ne peux faire ou dire que ce que je suis et ce que je crois. Quant à la communauté, je dis toujours : « Ne soyez pas irrité si je fais quelque chose de différent de ce à quoi vous vous attendiez. N’attendez rien de moi. Je fais mon propre truc. » J’essaye de bannir les attentes de ma vie. Parce qu’on est déçu à 90 pour cent.

Certaines personnes réagissent de façon très négative à votre égard. Cela se voit particulièrement sur certains réseaux sociaux. Comprenez-vous pourquoi des gens se sentent menacés par vous et par le brouillage des limites de genres ?

C : Je ne comprends pas comment on peut perdre une seule minute avec quelque chose qu’on n’aime pas. C’est quelque chose que je ne ferai jamais. J’ai toujours envie de remercier ces gens pour leur attention. Parce qu’ils parlent de moi et font de moi un sujet de conversation. Et dans le meilleur des cas, on va discuter de la raison pour laquelle on n’aime pas ce que je fais. Et si j’ai de la chance, il y aura quelqu’un qui dira : quel est le problème ? Mais je me moque complètement de ce que les gens pensent de moi – quand c’est négatif. Tout le monde aime entendre des compliments. Je ne suis pas sourde aux conseils, j’accepte la critique de laquelle je peux tirer bénéfice, ouvertement et avec reconnaissance. Mais si c’est juste de la diarrhée verbale, je n’y prête pas attention.

Que signifie l’identité pour vous ?

C : L’identité est quelque chose d’incroyablement important ; Les principales caractéristiques d’une identité sont évidentes mais il y a une part de l’identité qui devrait rester flexible. Je veux être la meilleure version de moi-même. C’est pourquoi je ne veux pas me laisser coincer par ce concept d’une identité finie.

Vous avez beaucoup de fans qui sont des enfants. Que dites-vous à un enfant qui demande pendant une séance d’autographes si vous êtes un garçon ou une fille ?

C : D’abord je pense en moi-même : oh, merci, l’illusion marche ! Etrangement, les petits enfants ne me posent jamais cette question. Pour eux les choses sont plutôt claires. Soit ils pensent que je suis un garçon en robe de fille ou il pense que je suis une fille avec une barbe peinte. Et quand ils demandent pourquoi j’ai peint la barbe, je le leur explique. Alors ils demandent si c’est comme au carnaval. Et je dis, oui, comme au carnaval, mais toute l’année.

Est-ce que Tom Neuwirth fera un retour sur scène un jour ?

C : Pendant la première période de ma carrière, je ne pouvais pas supporter l’attention. Peut-être que je pourrai être sur scène sans tout ça dans 20 ans. Mais peut-être pas complètement sans mascara. Je ne sais pas. C’est ma porte de sortie.

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