Conchita Wurst se raconte

A seulement 26 ans, la gagnante de l’Eurovision sort son autobiographie, disponible en allemand seulement. Un exercice souvent rasoir, mais qui préserve aussi quelques jolies surprises.

6 avril 2015 | par

cochita-autobiographie

Conchita Wurst fait son entrée au LifeBall 2014, entre Jean Paul Gaultier et Gery Keszler. Photo: Manfred Werner/Tsui – CC

Ce sont les salons classieux de Soho House, ce club privé international qui possède une dépendance à Berlin-Mitte depuis quelques années et où Madonna prend ses quartiers chaque fois qu’elle séjourne dans la capitale allemande, que Conchita Wurst avait choisi pour présenter son livre à la presse allemande, le mois dernier. Tailleur-pantalon gris anthracite à rayures tennis, une paire de stilettos léopard aux pieds comme pour donner une touche de folie à sa tenue de femme d’affaires, la drag-queen autrichienne se prête avec patience au jeu des photographes.

Souriante, altière, raffinée à l’extrême… que ce soit à la scène ou à la ville, Conchita Wurst est et reste une diva. Ou une «Kaiserin», comme la surnomme en référence à Sissi l’impératrice son ami le grand couturier français Jean Paul Gaultier, qui a préfacé son livre: «J’ai voté 73 fois pour toi! Ta victoire n’était pas seulement la victoire d’une chanson, d’une chanteuse, d’une voix incroyable et d’une interprétation fantastique, écrit-il, mais la victoire des valeurs en lesquelles je crois et pour lesquelles je me suis battu tout au long de ma carrière: la tolérance et l’humanité.»

Paragraphes promotionnels
Écrire ses mémoires à seulement 26 ans: la démarche ne lui a pas paru évidente au départ, confie Conchita Wurst lors de la conférence de presse. Elle ne cache d’ailleurs ni le fait qu’on lui a soufflé l’idée, ni que l’écriture a été confiée à un «ghost writer», comme il est de mise dans le monde du show-biz. Force est de constater que le rédacteur a souvent dû tirer à la ligne, ce qui peut parfois donner l’impression que chaque événement caritatif, chaque lieu, chaque personnalité que Conchita Wurst a eu l’occasion de rencontrer a droit à son paragraphe promotionnel et donner un côté ronflant à la lecture.

Mais la chanteuse autrichienne s’y livre avec une sincérité attendrissante, sans chercher à faire pleurer dans les chaumières ni à magnifier son passé. Les fans regretteront sans doute qu’elle n’y livre quasiment aucun détail sur sa vie privée: il n’est jamais question d’amour ou d’amants dans la centaine de pages du récit, et ses amis sont évoqués d’une manière très évasive – mais se jetteront sur les nombreuses photos inédites que contient le livre. Conchita Wurst, alias Tom Neuwirth, se plonge par contre avec force détails dans son enfance.

 

«Grotte verte»
Elle raconte les heures que le petit garçon qu’elle était passait à jouer aux princesses, vêtu de la robe de mariée de sa mère, reclus dans sa «grotte verte», du nom qu’il donnait à sa salle de jeux. Puis celles, à l’adolescence, passées à chanter dans le grenier de l’auberge que tiennent toujours ses parents à Bad Mitterndorf, petit village verdoyant niché aux confins des Alpes. Le grenier était son refuge, le seul endroit où elle échappait aux moqueries de ses camarades de classe, pour qui elle n’était que «le pédé»: «J’étais stressé en permanence, je me sentais exposé aux regards moqueurs de mes camarades et à leurs déluges d’insultes. Je n’avais rien à redire, car c’était eux qui avaient le pouvoir. Ils étaient nombreux, j’étais seul.»

De cette solitude, elle a fait une force, convaincue depuis sa tendre enfance qu’elle deviendrait un jour une star, s’adonnant sans relâche à sa passion pour le chant. Si elle évoque aujourd’hui cette période de sa vie avec retenue, Conchita Wurst ne cache pas que son retour en grande pompe à Bad Mitterndorf – où l’auberge familiale est devenu entre-temps un lieu de pèlerinage qui attire des fans du monde entier – après sa victoire à l’Eurovision, pour se voir remettre le titre de «citoyen d’honneur», a été pour elle une véritable épreuve.

Coulisses de la vie d’une star
Le récit donne ensuite la part belle à son succès à l’Eurovision et à l’année écoulée, façon coulisses de la vie d’une star, où Conchita égraine nombre anecdotes people: son défilé pour Jean Paul Gautier, sa séance de photo avec le duo d’artistes Pierre et Gilles, sa rencontre avec la papesse punk Vivienne Westwood, dont le parfum mêlé de menthol et d’eau de Cologne lui rappelle celui de sa grand-mère, sa participation au festival de Cannes… Toutes ces moments légers ne sauraient faire oublier les valeurs d’amour et de tolérance dont la chanteuse barbue se veut l’ambassadrice et qu’elle évoque tout au long du récit. Comme elle le dit: «Si le public [de mes concerts] rentre chez lui avec quelques idées, un souvenir qu’il garde dans un coin de son cerveau, qui un jour servira à empêcher une insulte, une discrimination ou quelque chose de pire, alors j’ai bien fait mon travail.»

«Ich, Conchita: Meine Geschichte. We are unstoppable», Langen Müller Verlag, 192 p., 24fr.90

 

 

 

 

 

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